‹ Proverbes dramatiquesChapitre 13 sur 217 · DUR3I01VT · texte numérisé non relu

DUR3I01VT

Joseph est un bon travailleur, un honnête homme, il fera le bonheur de sa famille.

CÉCILE

Sans doute.

DLRMONT.

Elle a donné sa parole; elle doit la tenir.

CÉCILE

Certainement.

DURMOJVT-

Peut-étre aurait-elle trouvé plus tard quelqu’un qui lui aurait apporté plus d’argent ; mais elle est sûre d’étre heureuse avec Joseph, et c’est quelque chose.

LE PETIT AMBITIEUX

CÉCILE

C’est tout. Voiià précisément ce que je lui ai dit. Alors elle m’a sauté au cou : « Ah ! » Mademoiselle, me disait-elle en me serrant » dans ses bras , que vous êtes bonne ! que vous w êtes bonne ! ! ! que je m’en veux d’avoir eu » une pareille pensée ! Je vais trouver mes » maîtres, et j’espère qu’ils me donneront leur » consentement et leur bénédiction. »

I DURMONT.

C’est une excellente tille que Françoise. Son respect pour ses maîtres lui fait un devoir d’obtenir leur consentement avant de s’engager. A plus forte raison une jeune personne, élevée dans des principes d’honnêteté et de décence , doit s’en rapporter aveuglétnent à des parens qui la chérissent, pounle choix d’un époux , quand c’est de ce choix que dépend le bonheur du reste de sa vie.

CÉCILE

Aussi suis-je heureuse de vous avoir obéi. Vous m’avez dit, en. me présentant Charles : « Voilà celui qui t’est destiné, aime -le )>; mon cœur s’est trouvé d’accord avec mon devoir.

‘ SCEINE TIL

• DURMONT.

Mais maintenant, ma chère Cécile, Charles ne peut plus te convenir.

CÉCILE

Auriez- vous quelque reproche à lui faire ?

DURMONT.

Aucun. J’aime à lui rendre justice. Il a de l’instruction, des mœurs : Charles est un honnête homme.

CÉCILE

Eh bien! mon père, s’il est honnête homme, il fera le bonheur de sa famille.

DURJVIOJVT , vivement.

Il ne suffit pas d’être honnête homme , il faut être riche , et Charles ne l’est pas.

CÉCILE

Est-ce un tort de n’être pas riche?

DURMONT.

c’est le plus grand qu’on puisse avoir aujourd’hui. ( Se radoucissant :) Ecoute , écoLitc , lua chèrc Cécile ; assieds-toi près de moi , et parlons avec confiance. A ton âge , on ne suit que l’impulsion de son cœur ; on n’a pas encore assez d’expérience pour prévoir les chagrins , suites inévi-

LE PETIT AMBITIEUX

tables d’une union où chacun n’apporte qu’une fortune bornée. Il n’y a qu’une grande aisance qui fasse les bons ménages..

CÉCILE

Vous m’avez donné l’exemple du contraire.

DURMOIVT.

Nous faisions une heureuse exception. Vois quelle serait ton existence à venir si tu épousais Charles. Reléguée dans une ville de province, tu passerais les plus belles années de ta vie à te livrer à des soins domestiques. Les enfans viennent, il faut les élever, les faire instruire, les établir. De là, les privations, la gène, les inquiétudes , les discussions qui troublent la paix du ménage ; l’amour s’envole , et la vie n’a été qu’un tissu de peines.

CÉCILE

Avec Charles, je ne crains rien de pareil.

DURMONT.

Considère maintenant le sort brillant que t’assurerait un riche mariage. Je suppose que je te fasse épouser le fils de Richard, qui vient d’étre reçu agent de change ; tu habites un hôtel magnifique, tu prends voiture, tu composes ta société des gens les plus aimables, les

^ SCÈNE IIL 2 J

plus distingués par leur rang et leur fortune. Au milieu de ce cercle choisi , tu es l’objet de tous les hommages ; tous les plaisirs volent en foule au-devant de toi , chacun de tes jours est marqué par un nouveau triomphe. Que te resterait-il à désirer?

CÉCILE

Charles.

DÜRMONT, se levant.

Charles ! Charles ! toujours Charles ! Mais , ma fille, s’il fallait renoncer à lui?

CÉCILE

Vous ne voudriez pas contraindre si cruellement un sentiment que vous avez fait naître.

DÜRMONT.

Il me semble qu’en vous présentant Richard, je ne devais pas m’attendre à un refus,

CÉCILE

Je ne connais pas Richard; j’aime Charles : il faut aimer celui qu’on épouse.

DUR3IONT.

Vous pouvez prétendre à un parti plus riche,

CÉCILE

Peut-etre. Mais je suis sure d’elre heureuse

LE PETIT AMBITIEUX

avec Charles, et c’est quelque chose. D’ailleurs , Il avez-vous pas donné votre parole au père de Charles ? quand on a donné sa parole , on doit la tenir.

DURaiONT.

Vous ne prétendez pas sans doute me faire la leçon ?

CÉCILE

Mon père, je répète ce que vous venez de dire.

DURMONT.

Ce qui s’appliquait à Françoise ne vous convient pas,

CÉCILE

Comment, mon père, donneriez -vous un conseil que vous-méme ne voudriez pas suivre ?

DURMONT , avec embarras.

Je sais ce que je dois faire. Mademoiselle. Retournez près de votre mère , et souvenezvous qu’on doit plus de soumission et de respect aux volontés de ses parens. .

( Cécile sort. )

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