SCÈNE
DUMONT
Restez, mon oncle, elle ne tardera pas à descendre.
LESA.GE.
Soit : aussi bien je cherchais l’occasion de m’entretenir seul avec toi. Dis-moi, si tu ie sais, pourquoi ma nièce me néglige.
DUMONT
Depuis quelque temps elle s’est créé des occupations qui l’absorbent tout entière.
LESAGE
Oui, je sais qu’elle est devenue auteur. Dieu me préserve de lui en faire un ridicule , mais morbleu cela ne l’autorise pas à essayer avec moi des airs de supériorité qui ne me plaisent pas du tout, et dont tu n’es pas celui qui souffre le moins , je gage.
DUMONT
Je ne m’en plains pas.
Et tu fais bien. Malheur à celui qui met un tiers dans la confidence de ses chagrins domestiques î
aSo LA MANIE D’ÊTRE AUTEUR.
DÜMONT.
Nous n’en sommes pas là , Dieu merci , et il ne faut pas attacher aux choses une importance qu’elles n’ont pas. Ma femme , vous le savez, a toujours été dominée, tantôt par une manie, tantôt par une autre.
LESAGE
Je le sais.
DUMONT
Dans les premières années de notre mariage, elle s’éveilla un beau matin avec la fantaisie de peindre : elle avait déjà enluminé des fleurs, elle voulut essayer le portrait et me prit pour modèle. Pendant six mois je posai régulièrement quatre heures par jour. Je séchais de fatio^ue et d’ennui.
LESAGE
Pauvre Dumont !
DUMONT
Heureusement pour moi qu’elle se décou-^ ragea : ses ouvrages étaient détestables.
LESAGE
delà tenait peut-être au choix de son modèle.