SCÈNE II
LESAGE
tjue deviendrais -je au milieu de ces prétendus gens aimables qui distillent l’esprit. Je ne pourrais jamais placer un mot; je ne saisirais ni leurs intentions , ni leurs réticences; je ' ne les entendrais pas.
UUMONT.
Je le crois bien ; il arrive si souvent à ces » messieurs de ne pas s’entendre eux - memes ! Mais vous feriez comme moi.
LESAGE
Et comment fais -tu ?
DUMONT
Quand j’ai deviné à l’air de quelque beau parleur qu’il a dit un bon mot, je me mets à rire , et on me fait l’honneur de croire que je l’ai compris.
LESAGE
C’est fort bien se tirer d’affaire. Mais tu t’interdis toute observation devant M"”® Dumont.
DUMONT
D’autant qu’elle les recevrait mal. Maintenant, la voilà possédée du démon dramatique.
LESAGE. I
A qui le dis-tu ? C’est chez moi qu’elle devait lire ce soir une comédie de sa façpn.
DUMONT
Je crains bien qu’il n’y ait encore rien de fait. Comme j’ai l’honneur d’étre le secrétaire de Dumont , elle m’a fait écrire hier trois lettres : l’une, à M. Delurne,
Le père infortuné d’un drame larmoyant ;
l’autre , à M. Fracas , auteur de mélodrames ; et la troisième , à M. Dutrait , chansonnier de profession. Nous attendons ces messieurs ce matin.
LESAGE
Comme il est douteux que malgré le concours de ces trois auteurs , Dumont ait terminé sa comédie pour ce soir, charge-toi de lui dire que nous avons remis à huit jours le plaisir de l’entendre.
DÏJMOJNT.
Je ne m’en charge pas. Restez ou revenez, ^oiit comme il vous plaira. Mais faites votre