SCENE XII
DUTRAIT.
Un sujet national.... Bravo!
UELURNE.
On s’attendrit toujours sur le destin de ses compatriotes.
FRACAS
C’est chez les Français qu’on trouve ces actions d’éclat, cet héroïsme si dramatique dont l’effet est sûr.
• MADAME DUMONT
Permettez, Messieurs, j’ai choisi un trait de la vie de François
FRACAS
Le modèle des braves.
DUTRAIT.
Le protecteur du gai-savoir.
DELURNE.
Prince fameux par ses revers.
MADAME DUMONT
Je vais lire le chapitre qui m’a fourni mon sujet :
cc François P*’, chassant dans les environs de » Blois, vit une jeune femme assise au pied » d’un arbre. Ses vêtemens annonçaient sa for-
5) tune passée; elle paraissait flétrie par de longs » chagrins, abandonnée du monde entier. Un » chien , seul ami que le malheur n’éloigne pas , V était tristement couché à ses pieds....
DELUR3VE
Bon animal! le ciel t’a placé près de l’homme pour le faire rougir de son ingratitude.
DUMONT, avec naïveté.
C’est possible. Pourtant je serais d’avis qu’on supprimât le chien , parce que dans une comédie... un chien.
FRACAS
Silence !
DUMONT, àpart.
Monsieur s’en mêle , comme si ce n’était pas assez de ma femme pour me faire taire.
MADAME DUMONT , continuant de lire.
» Le Roi descend de cheval. Il était déjà près » d’elle qu’elle ne l’avait pas encore aperçu. )) Vous souffrez. Madame, lui dit-il avec une » émotion qui inspirait la confiance , vous souf- » frez ;... apprenez-moi vos malheurs, et si vous » avez besoin de quelqu’appui , parlez. »
SCÈINE XIT.
DÜTKAIT.
Je reconnais ce prince qui disait : une cour sans femmes est comme un printemps sans roses .
MADAME DU MONT , commuant de lire.
» Je suis, répondit la dame, veuve d’un offi- » cier tué à la bataille de Pavie. Un mandataire infidèle profitant de ma position, veut s’em- » parer du patrimoine de mes enfans. Le procès » qu’il m’a intenté a été jugé au parlement de » Rouen ,... je l’ai perdu. Le roi seul peut en or- )) donner la révision ; je viens me jeter à ses » pieds pour obtenir cette grâce. Rassurez- » vous. Madame, reprit François demain » rendez-vous au palais du roi. Les portes s’ou- » vriront, et foi de chevalier vos malheurs se- » ront finis. La jeune infortunée sentit Fespé- » rance renaître dans son cœur. I^e lendemain » elle se présente aux portes du palais. On la » conduit à François F*”;... elle le reconnaît et )) tombe à ses genoux. Vous le voyez, lui dit-il, » en la relevant et en souriant avec bonté , je suis )) assez bien en cour pour vous servir auprès )) du roi. Vos biens vous sont rendus, j’y ai )) ajouté une pension méritée par les services » de votre mari , et je me charge de vos enfans.
» Alon chancelier fera reviser le procès qui vous » a ruinée. Si ,les répétitions de votre créan» )> cier sont fondées , j’acquitterai votre dette. » S’il a abusé de la confiance de votre mari » pour vous dépouiller, il sera puni selon les )) lois.
nu MONT , avec un attendrissement feint , et s’interrompant presqu’à chaque mot , parce que Mme Dumont le fixe pour le faire taire.
Le bon prince ! Si aujourd’hui on suppri .
tous les procureurs fripp... qui traînent les affaires pour mieul ruin.... leurs cli.... il n’en resterait...
MADAME DUMONT , ^ Dumont.
Laissez donc . Pensez-vous, Messieurs, que
cette anecdote puisse être mise en scène avec succès?
FRACAS
Oui , si vous en faites un mélodrame.
DELURNE.
Moi, j’en ferais un drame.
DUTRAIT.
Et moi, Messieurs, un vaudeville
FRACAS
Un va udeville ! vous n’y pensez pas , Monsieur Du trait.