SCÈNE XIL
DUTRAIT.
Pardonnez -moi , Monsieur. François aimait et chantait les belles. Il reste plusieurs couplets de lui qui attestent son goût, son esprit et sa galanterie. Le sujet appartient au vaudeville.
DUMONT, avec une bonhomie feinte.
Il a raison.
FRACAS
François V fut Thonneur des chevaliers de son siècle. Intrépide dans les dangers , inébranlable dans les revers , son caractère est sublime. Le sujet m’appartient. Est-il un cadre plus brillant pour un mélodrame : évolutions militaires, combats singuliers , tournois , carrousels , se rattachent naturellement à mon action.
DUMONT
Sans doute . Il a raison.
DELURNE.
Il est un point essentiel qui vous a échappé, c’est que François F’^ n’est qu’un personnage secondaire, la grande machine du dénouement, tandis que le principal personnage est la veuve en pleurs qu’il va secourir. Je donne à cette veuve, au sein de la misère, un caractère noble , fier : la fierté n’est permise
qu’à ceux qui n’out rien. EMe soutient courageusement son infortune. Est -il un spectacle plus grand que celui de la vertu luttant contre le malheur. Dépouillée de tous ses biens par un homme perfide, elle manque des choses nécessaires à la vie. Pour rendre sa situation plus déchirante, je suppose qu’elle voit ses trois enfans mourir de faim. Quel tableau! Pâle, Fœil fixe, insensible à force de douleur, cette mère infortunée contemple ses enfans avec la stupeur du désespoir, quand le roi paraît comme un dieu protecteur, lui rend sa fortune et punit l’auteur de sa ruine. Voilà, Messieurs , une action touchante, un dénouement qui ravit. Ce sujet traité par une femme douée d’une sensibilité qui n’appartient qu’à son sexe , arrachera des larmes, et le succès est certain.
DUMONT , feignant de s’essuyer les yeux.
Pour le coup, c’est celui-ci qui a raison.
MADAME DUMONT
Mais, Messieurs, il ne s’agit pas .
OUTRAIT
Vous ne voyez que drames, que mélodrames , et ïuoi je soutiens que le sujet n’est propre qu’à faire un vaudeville. Je fais de la jeune veuve