SCÈNE XVIL
MADAME DUMONT
Qui ne s’est jamais démentie.
' LESAGE
Qui t’aime.
MADAME DUMONT
Sa complaisance , sa patience me l’ont prouvé.
LESAGE
Ta fortune te met à l’abri de toute inquiétude. Que te manque-t-il donc? Veux-tu le savoir.... D’aprécier ces biens et d’en jouir. Je suis ton ami; je te dirai la vérité, dussé-je te déplaire. Le triomphe de quelques femmes auteurs t’a séduite. Tu as hazardé quelques productions légères , on a flatté tes premiers essais, parce qu’ils n’alarmaient pas tes rivaux. Un peu d’encens t’a énivrée ; tu t’es crue supérieure à tout ce qui t’environnait. L’esprit seul trouvait grâce devant toi. Tu as insensiblement négligé tes meilleurs amis , comme si les triomphes de l’amourrpropre valaient les douceurs de l’amitié.
MADAME DUMONT
Mais, mon oncle, seriez-vous du nombre de ces censeurs austères qui croient que la plume
3o4 LA MANIE D’ETRE AUTEUR.
d’une femme ne doit écrire que les dépenses de sa maison.
LESAGE
Dieu m’en garde ! Les productions aimables des femmes sont le plus bel ornement de notre littérature.
MADAME DUMOJYT.
Il nous est donc permis de cueillir quelques fleurs , en vous laissant , Messieurs , la palme du génie.
LESAGE
Hé y mon amie ! sois auteur si tu le veux ; mais sois bonne femme. Ne perds jamais de vue qu’on ne peut comparer l’esprit aux qualités du cœur. Tous tes chagrins viennent de ton amour-propre mal dirigé ; mets-le désormais à faire le bonheur de ton mari et de ta famille. La modestie est la première grâce d’une femme, la douceur sa première vertu.
Vous me persuadez sans peine : je sens tous mes torts ; mais comment les réparer ?