SCENE IV
j’ pouvais n’ p’us l’aimer! mais j’ n’en viendrai jamais à bout ; m’est avis qu’on m’a jeté un sort.
LA MÈRE BAHUT
Un sort!
RENÉ
Oui, un sort. Quand j’ vas aux champs , drès r matin, i’ m’ semble qu’ai’ est là, à côté d’ moi. J’ Vy parle, comme si al’ m’entendait, je m’ dispute, je m’ raccomode avec elle, j’ ris, j’ pleure; j’ crois, Dieum’ pardonne, quej’ pars l’esprit.
COLETTE
Gn’y a pas d’ danger, va, mon pauvre René.
LA MÈRE BAHUT
Cas’ passera, va, m’n enfant, ça n’s’ passera que trop' tôt , et 1’ temps viendra où tu r’grett’ras c’ mal-là.
RENÉ
Ah j’ crois b’en, mère Bahut, que j’ n’eu guérirai jamais.
LA MÈRE BAHUT
Si fait, si fait. Drès qu’ vous serez mariés, ça s’ calmera petit à petit.
33o 'LES ARTISTES EN VOYAGE.
COLETTE
Si j’ t épousé, écoute b’en mes conditions : d’abord j’ ferai tout c’ que j’ voudrai.
RENÉ
Faudra b’en , pis que j’ n pourrais pas vous en empêcher.
COLETTE
Tu f ras tout c’ qui m’ plaira?
RENÉ
Oui.
COLETTE
Tu n’ s’ras pas jaloux?
RENÉ
Ah d’am’ ! j’ tâcherai.
COLETTE
A ces conditions , donne-moi ta main.
RENÉ
Tatigué, vous faites d’ moi tout c’ que vous voulais. J’allais pleurer comme un enfant, à c’t’ heure me v’ là gai comme un pinson.
LA MÈRE BAHUT
Mais, Colette, est-ce que tu n’ trouves pas qu’ ton père est b’en long-temps à r’ venir? J’ n’aime pas qu’i’ s’attarde comme ra sur les chemins.