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SCÈNE XII

que j’ai choisi me permet de fournir une longue carrière , et le public m’aime. Il m’en a donné une preuve il y a deux ans. Je jouais dans Félix sur le théâtre de Bordeaux : au milieu du trio , un jeune débutant qui trouvait que je ralentissais la mesure, me dit à demi-voix : Allons donc! père sensible d’occasion. L’apostrophe me troubla; et ce qui acheva de me déconcerter, c’est que l’amoureuse se prit à rire au point de ne pouvoir plus articuler un mot. Un sifflet partit du fond de la salle. C’était le premier que j’entendais. Je jetai sur le parterre un regard de colère. Il n’en fallait pas d’avantage pour exciter un orage. Quelques murmures se firent entendre; mais les bravos, les applaudissemens presqu’unanimes les firent taire et me retinrent sur la scène que j’allais quitter pour n’y reparaître jamais. La toile baissée , je tançai vertement notre débutant. Sais-tu quel était cet étourdi ? le camarade de ton prétendu neveu.

THOMAS

Tu te trompes, mon vieux Laronde, est-ce que tu n’as pas vu ses galons ?

Ni les galons, ni les broderies ne m’en impo*^

sent. Dis-moi : comment ces deux jeune gens te sont ils arrivés ?

THOMAS

J’ viens d’ les trouver à cent pas d’ la maison.

LARONDE.

Et tu les as amenés avec toi?

THOMAS

Ils d’mandaientle ch’min de Villefranche. Il y en avait un qui n’ pouvait plus marcher, j’ leux ai dit : v’nez à la maison , gn’y a pas si loin ; vous trouverez à souper et un gîte, et d’main i’ fra jour. N’aurais-tu pas fait comme moi ?

LARONDE.

C’est vrai! Verse, Thomas.

THOMAS

En parlant comm’ ça d’ choses et d’autres, j’ai r’connu mon n’veu. Quand j’ dis j’ai r’connu , c’est une façon d’ parler, car j’ crois b’en que je n’ l’avais jamais vu. Mais il m’a dit qu’il allait chez son père, épicier, à Villefranche, et mon frère Ledoux attend son garçon qui r’ vient d’ l’armée : comment veux- tu qu’il ne soit pas mon n’veu? Il est vrai qu’il n’ se souv’nait p’us ni d’ sa tante, ni d’ sa mère ; mais , vois- tu, La-

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ronde, dans une bataille, le bruit du canon lui a fait perdre la mémoire.

^ LAIÎONDE, àpirt

Les coquins !

THOMAS

Pour son camarade, il a vu du pays, et il en sait long. As-tu jamais entendu parler de l’am-^ bachitacho,... ou ambachotachi ,.... je ne peux pas dire c’ mot-là... de l’ambachitechenique ?

' LARONDE. '

JVon.

THOMAS

Tu dois connaître ça.

LARONDE.

Je ne sais pas meme ce que tu veux dire.

THOMAS

Ehb’en l’ambachi... techenique, c’est comme qui dirait des béquilles qui ressemblent à des tire-bouchons, et qui vous font faire trente lieues à l’heure.

LARONDE , liant.

Mon pauvre Thomas , qu’est-ce qui t’a fait ce conte-là ?

THOMAS

G’ n’est pas un conte : F camarade de mon n’veu m’a bien expliqué comment ça s’ faisait.

LARONDE.

Et tu l’as cru ?

THOMAS

Si t’ avais été là, tu l’aurais cru aussi.

LARONDE, riant plug fort.

Je te demande si tu l’as cru.

THOMAS, embarrassé.

Dam ! j’ l’ai cru, jusqu’à un certain point.

LARONDE.

Réponds-moi positivement. Je veux savoir si tu l’as cru.

THOMAS

J’ l’ai cru , sans F croire.

LARONDE.

Allons , tu Fas cru , et tu ne veux pas en convenir. Eh bien ! mon bon Thomas , il s’est moqué de toi.

THOMAS

Gomment, il s’est moqué de moi !

LARONDE.

Ge prétendu maréchal-des-logis n’est autre

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