SCÈNE XL
MADEMOISELLE LUCRÈCE
Je n’en ferai rien, je vous jure.
DUVAL , à part.
Après.... avant.... elles n’en finiront pas. (Haut.) Mesdames, comme il faut que nous nous asseyions tous trois, pour trancher la difficulté, asseyons-nous ensemble.
( Mlle Lucrèce et Mme Duval s’assejent ; ensuite Duval. )
MADEMOISELLE LUCRÈCE , à Mme Duval.
Pour habiter parmi nous, vous avez quitté la capitale, séjour des beaux-arts, des hautes sciences, le temple du génie; mais vous n’y perdrez rien. Vous brillerez ici d’un éclat plus vif : vous y serez la fleur du déserL
MADAME DUVAL
En vérité. Mademoiselle, je ne sais que répondre à des choses si obligeantes*
MADEMOISELLE LUCRÈCE
Savez- VOUS bien qu’en vivant ainsi isolée, c’est un vol que vous faites à la société , au monde littéraire.
MADAME DUVAL
Ce vol -là ne les ruinera pas.
MADEMOISELLE LUCRÈCE
Pardonnez-moi, Madame; vous devez à nos cercles le tribut de votre esprit. Pourquoi rester dans une obscurité indigne de vous ?
MADAME DUVAL
J’ai cru jusqu’à présent qu’une femme devait mettre tous ses soins à ne pas faire parler d’elle.
MADEMOISELLE LUCRÈCE
Votre modestie vous perd. Voilà de ces erreurs qui nous tiennent sous la dépendance des hommes. Ils nous condamnent tyranniquement à des arts d’agrémens, à des futilités. Osons nous affranchir de ce joug , osons rivaliser avec eux, devenons les émules des Newton, des Copernic.
Je doute fort que nous y gagnions. Une femme qui se livre aux sciences, renonce souvent aux grâces de son sexe , et alors ce qu’elle acquiert avec tant de peines, ne vaut pas ce qu’elle a
MADEMOISELLE LUCRÈCE
Ah ! Madame , que nous différons d’opinions ! Dans l’âge heureux où toutes les pensées sont