‹ Proverbes dramatiquesChapitre 45 sur 217 · SCENE VL · texte numérisé non relu

SCENE VL

riantes et fleuries, j’ai orné de quelques productions légères ces recueils , que chaque an^née voit éclore et mourir ; mais bientôt , dédaignant des succès d’un jour, j’ai senti que dans les sciences, je pouvais pénétrer assez avant pour ne plus rencontrer de rivales. Mon esprit a pris un essor sublime , ma pensée a embrassé tous les êtres de la création. La Cosmogonie dont je suis l’auteur renverse tous les systèmes qui se sont succédé jusqu’à ce jour. J’ai déchiré le voile qui cachait la nature. Je veux que la postérité dise : Elle a reculé les bornes que l’esprit humain n’avait osé franchir.... Vous ne partagez pas un si noble enthousiasme, Madame?

MADAME DUVAL

Hélas ! non , Mademoiselle. Je n’ai j’amais ambitionné le titre de savante; je me contente d’étre femme , c’est bien quelque chose.

MADEMOISELLE LUCRÈCE

C’est à dire que vous dédaignez la science.

Non, Mademoiselle , je l’honore au contraire; mais je n’aime pas à voir le compas et l’astro-

labe clans les mains d’une femme. Je crois qu’fî faut laisser aux hommes les ouvrages profonds qui exigent une conception forte et un travail opiniâtre.

MADEMOISELLE LUCRECE

A quoi donc réduisez-vous les femmes auteurs ?

MADAME DU VAL

A enrichir la littérature des productions aimables où brillent tour à tour cette finesse d’observations c|ui saisit les mouvemens les plus secrets du cœur, cet esprit délicat qui prête du charme aux plus simples détails , et cette sensibilité douce et expansive, source d’émotions délicieuses.

MADEMOISELLE LUCRÈCE

C’est encore reconnaître la supériorité de l’homme.

, MADAME DUVAL

Ne lui envions rien, croyez-moi. S’il a la force en partage, nous avons la grâce qui le subjugue. ’

MADEMOISELLE LUCRECE , à part.

Pauvre femme ! c’est dommage qu’elle soit aveuglée par de tels préjugés. (Haut.) Je ne me

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