SCÈNE XL
LABROSSE
C’était le garçon confiseur du Fidèle Berger^ rue des Lombards. Tous les jours, avec son air sucré, il venait conter à Mademoiselle des douceurs.
Un confiseur doit être en fonds.
LABROSSE
Et Mademoiselle y prenait goût. Mais un beau matin , apparemment que notre bourgeois avait fait du bruit , elle vint en pleurant me charger d’une lettre pour mon rival , M. Lapastille. — Mais, Mademoiselle, que je lui dis , pourquoi écrivez-vous à M. Lapastille ? — Pour lui dire de ne plus revenir à la maison. Comme, sans me flatter, j’aime à rendre service, surtout quand j’y trouve mon compte, je prends mes jambes à mon cou, et je vais porter la lettre.
. IMADAME DUVAL , à part
Le joli petit messager d’amour !
LABROSSE
En la recevant, mon confiseur étoit tout déconfit. 11 répond sur le coin du comptoir.
ïo6 LES COMEDIENS BOURGEOIS.
— M. Lapastille, pourquoi écrivez-vous à Mademoiselle ? — - Pour lui dire que je ne la reverrai jamais. Je ne me sentais pas d’aise. Je rapporte la réponse plus vite encore que je n’avais porté la lettre. Sans me flatter , je croyais mes affaires en bon train.
DUVAL
Qui ne s’y serait trompé ?
LABROSSE
La correspondance dura ainsi pendant trois mois. Sans me flatter, on me cajolait de tous côtés. Mais , un dimanche , Lapastille arrive requinqué , demande Mademoiselle en mariage , l’obtient, l’épouse; et quand je veux me plaindre, on me répond : Tais-toi, nigaud, tu danseras à la noce.
MADAME DUVAL
Pauvre garçon !
LABROSSE
J’ai eu tant de chagrin, que j’ai quitté sa maison , et que je me suis jeté dans la peinture. En changeant d’état, j’ai changé de nom.
MADAME DUVAL
Monsieur prend le ton du jour.