SCÈNE
ADÈLE
Non, parce qu’on ne loue l’aniour Je l’ordi e qu’à défaut d'autres qualités.
DORSAN
.Te vois que tu trouves l’éloge un peu mince. H te semble qu’on couvre ta jolie robe d’un tablier grossier. Les connaissances nécessaires à la conduite d’une maison , sont-elles donc incompatibles avec des talens agréables, un esprit cultivé, et, si tu le veux enfin , ces dehors brillans qui assurent des succès dans le monde? tu serais la preuve du contraire. Va, mon enfant, sois assez sage pour ne rien dédaigner de ce qui est utile , et n’oublie jamais que , dans quelque position qu’on se trouve, une femme d’ordre est un trésor pour son mari .Mais parlons un peu de nos affaires. J’ai à t’apprendre une nouvelle qui, je l’espère, ne te sera pas désagréable ce matin meme j’attends mon
fils.... ( Moment de silence. ) Eh bien ?
ADÈLE
Mon cœur n’a point de secrets pour vous, mon oncle, vous devinez ce qui s’y passe.
DORSAX.
Au point où nous en sommes, nous pou-
MADAME FUTILE
vons parler sans réserve. Ma sœur m’a promis que le jour meme que Victor reviendrait de Rome, elle signerait son contrat de mariage avec toi : vous vous êtes aimés dès l’enfance ; tous nos vœux vont être comblés. J’en ai désespéré un moment. Je ne pouvais penser sans peine à l’inégalité de vos fortunes. Celle de ma sœur te permettait d’aspirer à un parti beaucoup plus riche que ton cousin.
ADÈLE
Eh bien ! mon oncle , voyez un peu quelle contradiction ! ce qui vous faisait peine me réjouissait. Mon cœur battait de plaisir quand je me disais : C’est moi qui rendrai Victor riche; je veux que tout le bonheur lui vienne de moi.
DORS AN
Oui ; c’est ainsi qu’on pense à ton âge. Mais....
ADÈLE
Croyez bien que maman n’a jamais fait, à cet égard, la moindre réflexion.
DORSAN
J’en suis certain , son attachement pour moi et son désintéressement me sont connus ; mais devais-je m’en prévaloir dans une circonstance