VICTOR, DORSAN
VICTOB.
En vérité, je ne conçois rien à toutes ces précautions.
DORSAN
Écoute-moi , et tu conviendras toi - même qu’il est prudent d’agir ainsi. Ma sœur est un grand enfant ; l’incident le plus léger l’afflige ou la réjouit. Elle ne voit que le présent; la prévoyance serait pour elle un supplice. Parlezlui d’une affaire sérieuse , l’ennui la gagne ; elle devient immobile , fixe les yeux sur vous. Vous croyez qu’elle vous regarde , qu’elle vous écoute; elle ne vous voit ni ne vous entend. Insistez-vous , elle se met à broder , ou répond à la question la plus importante, en disant ; comment poserai-je cette fleur sur mon chapeau ? Si vous voulez enfin fixer son attention , elle s’irrite , s’emporte , et vous n’en pouvez plus rien tirer. Ce n’est jamais que de guerre lasse , et eu quelque sorte à sou
MADAME FUTILE
insu, qu’on lui fait prendre un parti. Tu vois de quels ménagemens il faut que j’use pour l’amener à fixer les clauses de ton contrat de mariage.
VICTOR
Pourquoi faire un contrat de mariage ? pas» sons-nous-en. Je ne demande à ma tante que la main d’Adèle.
DORSAN
Mon ami , cet acte est de la dernière importance pour régler les intérêts des familles.
VICTOR
Dans ce cas, je ne vois pas comment surmonter tant de difficultés.
DORSAIV.
Laisse-moi faire, et je te promets que ce contrat sera signé aujourd’hui meme.
VICTOR
Vous mènerez donc ma tante chez le notaire ?
nORSAN.
Oh! je ne me flatte pas de faire un pareil miracle! Quand, pour un rendez-vous de plaisirs , ma sœur se fait attendre deux heures,