SCÈNE IL
DURMONT , seul. j
C’est un véritable supplice ! Il faut que ma femme, ma fille, si intéressées elles-mêmes dans ma nouvelle fortune, opposent à tous mes projets une force d’inertie que je ne puis vaincre. Rien ne peut les convaincre de cette vérité si universellement reconnue aujourd’hui , que riche on est tout; pauvre, rien. Durmont aurait-elle raison?... Oui; je le sens, je ne suis plus le même.,. Ces affections douces, cette vie calme que je prenais pour du bonheur, ne me suffiraient plus. Je n’y trouverais que vide, elles me seraient insupportables. Depuis que j’ai vu de près ces fortunes rapides, ces honneurs qui pleuvent sur des gens si médiocres, je me sens brûler d’une fièvre continuelle. Pourquoi ne m’élèverais-je pas comme ces favoris du jour; pourquoi n’ai-je pas comme
LE PETIT AMBITIEUX
eux des titres une grande fortune, un grand crédit? Pour y parvenir il ne faut que le vou» loir avec force et persévérance... J’y parviendrai. Yoilà le but où tendent toutes mes actions, l’unique pensée qui m’obsède jour et nuit... J’entends Cécile, ne l’effrayons pas, et tâchons de l’amener à désirer elle-même un mariage qui doit l’enrichir.