SCÈNE
nières vacances avec nous? Pendant son séjour à la campagne, où nous vivions dans l’intimité et la confiance, nous avons pu apprécier la douceur de son caractère et toutes ses qualités personnelles qui devaient assurer le bonheur de notre fille. Quand son père , M. Lefranc , est venu le chercher , ne vous êtes-vous pas engagés l’un et l’autre à unir vos enfans ?
DURMONT.
Nos fortunes , égales alors , rendaient ce mariage sortable. N’ai-je pas fait de semblables projets, il y a au moins quinze ans, avec Richard , ce manufacturier devenu depuis millionnaire ?
MADAME DURMONT.
Il y a loin d’un projet en l’air avec un engagement formel. M. Lefranc vient de traiter, pour son fils, d’une étude de notaire en province, qui, sans donner à nos enfans une fortune brillante , leur assure , dès à présent , une existence décente. Que lui répondrez-vous quand il viendra vous sommer de tenir votre parole ?
11 me suffira de lui faire connaître ma posi-
LE PETIT AMBITIEUX
tion dans le monde. Lefranc sentira que ma fille ne peut plus épouser son fils. D’ailleurs, j’ai reçu hier une lettre de Richard , qui m’apprend son arrivée à Paris, et je l’attends ce matin meme. Vous sentez qu’on doit la préférence à un homme qui vient de faire recevoir son fils agent de change.
MADAME DURMONT.
Je conçois que vous vous laissiez éblouir par un riche parti. Moi, c’est le bonheur de ma fille que je veux.
DURMONT.
Hé ! Madame , rendez-la riche , vous la rendrez heureuse.
MADAME DURMONT.
Vous le croyez, Monsieur; moi, je n’en suis pas persuadée. Au surplus , il est inutile de combattre des chimères : M. Richard ne s’est pas déclaré. Gomme il s’agit du sort de ma fille , je me réserve de la défendre quand il en sera temps. ^ ^
DURMONT. ^
J’avais compté sur vous , Madame , pour la disposer à se soumettre à mes volontés; je crois plus prudent de vous prier de me l’envoyer.