SCENE XV
MADAME FUTILE
Quand on est raisonnable.
VICTOR
Vous venez de dire que j’avais plus d’esprit que mon père.
MADAME FUTILE
Tiens, Victor, n’insiste pas, je t’en prie, si tu ne veux pas troubler le plaisir que j’ai à te revoir. Je t’ai* promis la main d’Adèle, je suis loin de m’en repentir. Tu feras le bonheur de ma chère enfant, je n’en doute pas; cependant il me semble qu’en mariant ma fille, je me sépare d’elle , et mon cœur ne peut supporter cette idée.
VICTOR
Moi vous séparer d’elle ! non , ma bonne tante, non , jamais. Nous vivrons tous ensemble, nous ne ferons qu’une seule famille, et votre Adèle sera toujours près de vous. Il n’y aura rien de changé , si ce n’est que vous aurez deux enfans au lieu d’un pour vous chérir.
Ah! mon ami, c’est ainsi qu’on pense avant le mariage; mais , dis-le moi , depuis qu’il y a
MADAME FUTILE
des belles-mères et des gendres , n’existe-t-ii pas entr’eux une guerre éternelle ?
VICTOR , vivement.
Repoussez , je vous en conjure, un soupçon aussi injurieux. Vous, ma bonne tante, vous qui m’avez servi de mère, puis-je jamais cesser de vous chérir tendrement. Si mon mariage devait altérer ces sentimens , j’aimerais mieux renoncer à Adèle , et ce serait plus que de renoncer à la vie.
MADA.ME FUTILE, avec émotion.
Mes enfans, comment vous résister !
/ ADÈLE , dans les bras de sa mère.
Ma bonne mère !
VICTOR
Vous m’avez bien promis, ma petite tante, que le jour même de mon retour de Rome vous signeriez notre contrat de mariage. Mon père va nous amener le notaire. Expédions promptement cette affaire , et demain nous nous occuperons de la corbeille.
MADAME FUTILE
Tu ne me laisses pas le temps de respirer.