SCÈNE XV
VICTOR
Située sur le sommet d’un coteau , adossée à un petit bois, dominant sur un vallon riche de toutes les productions de la nature, cette habitation délicieuse serait un véritable Éden.
MADAME FUTILE
Tu m’enchantes.
VICTOR
Au premier, un salon décoré avec une élégante simplicité , bien sonore pour la musique , et à l’extrémité duquel on monterait et démonterait en un clin-d’œil un théâtre pour jouer des proverbes. Nous trouverions aussi à nous y loger tous , et , dans la belle saison , nous y réunirions les plaisirs de la campagne et de la ville.
Oui; mais ton père viendrait encore me dire : « Vous voulez donc vous ruiner? »
VICTOR,
Mon père serait enchanté. D’abord , nou» gardons la ferme à laquelle il tient beaucoup. Nous employons les matériaux d’un vieux bâtiment abandonné à construire une maison
MADAME FUTILE
qui n’aura coûté que quelques frais de maind’œuvre et qui vaudra cent fois davantage. Trouvez une spéculation plus sûre , et dont les résultats soient plus avantageux.
ADELE.
Il me semble, maman, qu’il a raison.
MADAME FUTILE
Certainement, il a raison. J’ai toujours dit qu’il aurait plus d’esprit que son père. C’est décidé, je garde la ferme.’
VICTOR
Quel plaisir d’entendre dire : Ah la jolie maison ! à qui appartient-elle ? — A madame Futile. — On la reconnaît bien là !... Et quel est l’architecte qui l’a construite ? — C’est son neveu. — Non, c’est son gendre. ^ — Pardonnezmoi, c’est Dorsan, son neveu. — Accordezvous, messieurs; son gendre et son neveu ne sont qu’un,... car alors j’aurai épousé Adèle, n’est-ce pas , ma bonne tante ?
Nous verrons : rien ne presse, tu n’as que vingt-cinq ans.
VICTOR
A quel âge voulez-vous donc qu’on se marie ?