V * .-*• V BLAISE
Ensuite personne ne m'écrit; naais c'rTe'st pas ça, c'est *({ue je suis philosophe, et que je trouve que la lectuVe ne sert à liqn. Tous qui lisais toute la journée , à quei que ça vous avance? Savezf vous ? Ça vous trouble la tête, et ça- vous empêche de vous^ occuper ; v'ià tout.
FLORBEL. '
Twi es un esprit fort. • . / * •
BLAISE. ' '
Quoi que c'est que tous ces gros Hvres que vous avab dans votrje . cabinet ? C'est comme des lutrins! C'est-i intéressant? De quoi ça parle-t-il?
Ce sont des livres •d'histoire.
BLAISE
De quelle histoire ?
FLORBEL.
C'est l'histoire de tous les peuples, depuis le commencement du monde.
218 4.ES P4IÔPOS.
Ah ! •mon Dieu , quel commérage ! Là^ je vous deniaiKl6 un, peu si ça Vous regarae. ^es hommes sont fous,' en vérité; i' n'savent * comAi^nt- tuer .le temps. Au lipu de vou& inquiéter de cjqu'otf t1f§it un tas de peuples *depuîs te commencement du iponde^
# j î:^* 1 -.1, ,4.A^ i.-^ z^C J'J^ ^jL.«,> ' J:*
voui^devrlaîs beri plutôt vdus informe^'de c'qù'on d'vous Jans chê ville. • .' *
dit
FL()RB£L.
Est-ce qu'oji p*:'le-de moi? #
* BLAISE
C'est ce procès Ijue vous • avais qui fait qu'ô»jase. Est-ce que j'sais ce qu'ils dlsont là-dessus] Il paraît que c'est upe mauvaise affaire, et que la justice pourrait ben s'en mêler.
FLORBEL.
Mfitis j'espère bhen qu'elle s'en mêlera.
• ' * BLAISE
Bah ! vous espérai§: Quoi ! vous . n'avais pas
peur?
FLORBEL.
Peur De quoi ! *
BLAISE
Est-ce que ce n'est pas vrai c'qu'on dit, que vous avais frusqué l'héritage de notre défunt maître,* afin que ses héritiers n'héritiont point, et que ce fût vous qu'héritassiez? C'n'est pas l'embarras, on ajoute que vous aviais bon besoin de ça , et que , sans c't'hérilage, vous étiais au moment d'être arrêté pour
SCëNE-11. 210
dettes , ^ qjuè vous déviais Surtout beaucoup de mois de nourrice: ^ * •
% ' ' ; FLORBBL. y
Quel assemblage d'^travaganees !'
*• * . • BLAISE.. .. ^ ' ♦
On dit- qiiQ ça ne Élit rien- On est «drôle dans c'te ville, oh n'y est* pas bête tout* de même; mais c'est lar ville aiix pkqùets. Il y a ici des langue^ qui vâlont leur pesant d'or. C'te 'madame Bonbec,,.par e^enciple*; la sœur de not' défunt maître, •celle contve tjui vQ)is plaidais, monsieur sait bien; hé ben, c'te femn)e-là, aile a une émàgination du diable^ aile est vraiment charmante à entendre causer: aile va trouver des choses à quoi personne n'aurait jamais pensé. Aile suffirait, aile toute seule, pour entretenir là conversation de dix villes de province. Comment donc ! ajle a feit désalter plusieurs personnes de c'te ville-ci. Aussi tout le monde l'aime.... parce qu'on en a peur.
FLORBEL.
Que dit-elle de moi ? •
BLAISE
3e n'en sais rien ; mais en' général toute la ville dit que votre nièce est une dégoisée , que vous avais été obligé de la mettre au couvent ici , parce qu'à Paris oii n'en voulait plus nulle part, et que si vous ne la mariais pas au fils de madame Bonbec, (u cbante.).... tra la la, tra la la.-
FLORBEL.
Après ?
8S^ LES .ffiOPOS.
.BLMSB. . . « »
Dame!' monsieur, vous- ^'Vafe ben to[entendre. Une fille . dégoisée c'<^t plus tôt mûre qù'uiie auf re-
^FLÔRB^L*
' . Ma nièce^ui ^st un ange. / • * *
BLAISE. •
.Mais' VOUS m'en faites •trop* dire .atçsi. J'ai peur d'vous faire du chagrin. Mpi, «quand .«ne fois j*airixe un quelqu'un, je'- ne peux rien lui cacher. Faudra 'qn' vot' avoucat*ait une bonne 'tête, s'il se charge de répondre à tout. Vous avais ben faft.dTa- ^ mener de Paris toujours, car ceux d'ici disont' partout qu'il n'auraient pas voulu se mêler de vot' affaire i ils auraient craint pour leur réputati6i\. C'est-î vrai que vous donnais auvotre la moitié dfe l'héritage ' pour sa peine?
FLORBEL. * • •
Quelle peste que ces gens ci !
( Il touy^ daiu la rêverie. ) .
BLAIÂE , , souriant.
Le v4à qui rêve. C'est-i donc genti à 'moi d'I'avoir mis dans c'tétat-là. V'ià pourtant un homme d'esprit. Hé ben, moi qui passe pour une bête, j'ii tourne la cervelle comme j'veux. Le pauvre cher homme ! Il est ben tombé s'il a peur des propos. Il n'est pas au bout. Ça commence joliment..... Pourquoi se plaindrait-il? J'voudrais ben, moi, être, aussi sous les langues; au lieu de m'affliger , ça m'divartîrait comme lui bienheureux; mais ça n'peut pas prendre j j'n'ons
^CmiE m. 22 1
pas^9sez'd'impoi::tance; ils aimont*niieux s'attaquer à de gros monisieux: Y a plus à mordre.
Que fais-tu IJi? Laisse-moû
BLAISE
Oiiï, monsieur Florbel.
( Il sort avec en se frottant les mains. )
SCÈNB III.
FLORBEL, seui.
Je me plaignais de Paris ; je croyais qu'il n'y avait que de .grands intérêts qui pussent engager à interpréter les actions d'un homme ^ mais je vois qu'il n'en est pas ainsi , et que si, à Paris, 'on scrute votre conduite publique , en province c'est toujours dans votre conduite privée qu'on vous attaque; et' c'est pis encore : car alors vous n'avez pas le succès poiu* vous justifier. Ce coquin de Biaise ! Le chagrin qu'il me faisait lui causait du plaisir. Au fait, les gens de rien ne peuvent pas connaître combien il est cruel de se voir attaqué dans sa réputation. Heureuse miille fois heureuse cette classe ! on ne parle pas d'elle; et c'est, je crois, pour cela qu'elle est si gaie, malgré sa misère.