SCENE VIII
que dans votre fureur vous avez tué pour décharger vos pistolets , est-ce aussi un conte? Vous pourriez dire que vos armes n'étaient pas chargées; mais ce chien , ce chien mort , comment vous tirer de là?
Quel tissu de folies ! Ma nièce est à Paris depuis trois jours.
MADAME BONBEG.
Votre nièce A d'autres, monsieur. Mauvais
moyen de défense. Votre nièce à Paris ! Fidée est mei'veilleuse. Et le chien q^e vous avez tué , vous allez peut-être dire qu'il n'a eu qu'un évanouissement.
FLORBEL.
Cessez cette plaisanterie, madame, car avec l'esprit que vous avez , vous ne me ferez jamais croire que vous ayez pu ajouter foi à de semblables propos.
MADAME BOTïBEC.
Sachez, monsieur, que j'ai plus horreur des propos que qui que ce soit au monde ; que je n'en fais, que je n'en répète jamais. Hé! mon Dieu, si l'on voulait en faire, on aurait beau jeu dans cette ville. Croyez que je sais tout, et mieux que personne; mais je ne dis que ce qui en vaut la peine , que ce qui est bien prouvé, bien authentique. J'ai une aversion connue pour les mauvaises langues. Pourquoi ai-je cessé de voir madame d'Abli ? Parce que c'est une commère. Cela lui va bien, vraiment. Sa fille
988 LES PRSPOS.
tiendra d'elle , c'est déjà nne peste. C'est héréditaire dans cette famille-là. La mère de madame d'Abli, madame de Valcé^ avait fini par ne plus voir per-> sonne , tant on redoutait sa langue* Nous avons encore ce grand imbécile de Senecé , la baronne de Gersiy monsieur , madame et mademoiselle Senouillet, leur parente^ madame Filars, qui sont de véritables vipères ; et remarquez une chose , s'il vous plaît» c'est que ce sont tous gens tarés. J'ai renvoyé ma sœur de chez moi parce qu'elle les voyait. Dites à présent que j'aime les propos.
FLORBEL.
Mais 9 madame
MADAME BONBEC
Mais, monsieur, tout ce que vous voudre»^ Je n'appelle pas faire des propos que de dire des choses qui sont sues de toute la ville, ou que toute la ville ignore, mais qu'U faut qu'elle sache* Aurait^il fallu passer sous silence l'enlèvement de mademoiselle de Yolmare par ce capitaine de dragons ? Les parens avaient beau dire qu'ils avaient donné leur consentement au mariage , moi qui savais le contraire , je Pai dit. J'ai dit aussi, et je m'en félicite, que le gros Calmet avait de mauvaises affaires. Tout le monde lui a retiré ses fonds^ on refusait ses billets , personne ne voulait plus lui vendre qu'argent comptant , et effectivement il a fait une espèce de banqueroute. Il n'a rien fait perdre; mais il s'e^t ruiné.
F1.0RBEL.
Tout cela peut être fort intéressant pour vous ;
SQUIE VIU. M»
wmSf madame 9 je ne ofoîb pas que oe soit peaitU ^^ement ce que vous aviez à me dire.
MADAME BONBEG.
Non, monsieur. Je venais vous parler d'affaires. Je m'étais refusée d'abord à cette démarche , je la trouvais peu convenable ; mais tout le monde me l'a conseillée. Quelle que soit votre conscience, vous ne pouvez pas être sans remords sur cet héritage. Hé bien, arrangeons-nous f rendez-^m'en les trois quarts.
ft.0RB£L.
Non , madame ^ il y a un procès entanEié^ et je m'en remets à la décision des juges.
MADAME ËOiyBEG.
Donnez-moi moitié. J'espère que je suis accommodante , mais j'y mets une condition ; cVst que mon fils épousera votre nièce, et que vous ne vous remarierez pas.
^LORBEL.
Cela est trop fort aussi. Laissez-moi , madame , je ne veux que ce que voudra le tribunal.
MADAME BONBSa
Fort bien, monsieur. A merveille. Cela me confirme ce que l'on dit dans toute la ville , que vous avez gagné mon avocat. Cela ne m'étonnerait pas de votre part ni de la sienne. Nous verrons à remédier à cela. Malgré le pont d'or que vous lui faites, le vôtre n'est peut-être pas incorruptible. Tout ce qui est gens de loi est si intéressé! Au
reste, nous aurons la clameur publique qui s'élèvera contre vousv
( Elle sort en col^e. )
SCÈNJB IX. .
FLORBEL, ••al.
Ah ! la méchante femme. Parbleu , je ne suis ^as étonné que son frère l'ait déshéritée. Si elle était ma sœur, je la ferais interdire et renfermer comme folle; car enfin il y a des folies moins dangereuses que la sienne. Quelle imagination infernale ! et où va-t-elle chercher tout ce qu'elle inventé? Ma nièce traînée par les cheveux, la supérieure malade d'effroi, une chien tué à coups de pistolet ! Et c'est par des espèces de ce genre que toute une société de province se laisse agiter! La ville dit, toute la ville sait bien, il n'est question dans toute la ville... Peste soit de la ville ! Mais que me veulent filaise et Jeannette ! Sans doute ils viennent me remercier d'avoir fait leur bonheur.