‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 121 sur 247 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

dis seulement (|ue je ne t'épouserons que quand tu auras fait taire les propos qu'il y a sur ton compte.

JEANNETTE

C'est ben dire que tu ne veux pas m'épouser. Comment fait-on taire des propos? Je te le demande. Je suis jeune, on me trouve gentQIe, ça fait enrager les laides*; et coneime ce sont celles-là qui sontJes plus méchantes^ et que je ne p*eux pas les rendre belles, elles feront toujours des coptes sur moi. • ^

BLAISE

Faut qu'il y ait queuque chose toujours; gn'y a pas de feu sans fumée.

JEANNETTE

Queu fumée veux-tu qu'il. y ait? Je suis gaie, je batifole avec tout le monde, je ris à tout bout de champ , mais v'ià toute la fumée qu'il y a ; il n'y en a pas 4'2mtre. T'aurais pus de confiance en moi si j'étais bégueule et r.echignée. Hé ben , t'aurais tort. Demande plutôt à monsieur.

• FLORBEL.

Vous êtes des enfans.

BLAISE

oh ! que» nenni. J'ons de la rubrique, allais; une

fille aussi requinquée qu'aile est, ça ne signifie rien

de bon. Aile est trop coquette, et je ne suis pas le

seul qui le dise. Ajj lieu de ses cornettes , aile n*a qu'à

mettre des bonnets de toile comme les autres. En II. la

place de ses petits souliers , qu'aile porte des sabots, qu'aile rallonge ses jupes à celle fin qu'on ne voyont pas ses jambes 9 et je varrons par après ce que je feront.

JEANNETTE

Mai^ monsieur, parlez-lui dono. Pourquoi veuxtu que* je me déguise? Est-ce que je ne sommes pas ben co*njme je suis? Ce sont les vieilles qui lui mettont ça dans la tête,' c'est sûr. Enfin, je ne suis pas ung ffllê de basse -cour après tout, je suis une servante. Va , va , Biaise , quand une fille a envie de nAl faire, c'n'est pas les bonnets de toile et les sabots qui l'en empêchont. J'ons d'I'honneur, et ceux qui disont le contraire peuvent ben me faire du tort, mais ils ne me feront jamais changer. Vlà pourtant comme on perd les gens ! Une pauvre fille qu'on a déshonorée comme ça , qUe veut-on qu'aile devienne ? aile n'a plus qu'à se jetei* à l'eau.

BLAISE , avec émotion.

N'dis donc pas ça , Jeanifette ; à quoi que ça ressemble se jeter à l'eau? Ça a-t-il le sens' commun? J'te parle ben gentiment pour toh bien, et v'ià que tu dis des bêtises... Se jeter à l'eau à présent!

JEANNETTE

Mais dame !

BLAISE

Je ne sais plus où j'en suis! Pauvre Jeannette, se jeter à l'eau! Voyais donc quelle iclée il lui passe par la tête ! Tu m'aimes donc ben ?

SGEKE X. 243

JEANNETTE

Si je t'aimons^ Peux-tu me le demander ? Oh ! -ça , c'est ben sûr. Je veux te rendre heureux, Biaise. Je te ferai rire. T'es un peu plus âgé que moi , je serai comme ton enfant; je t'écouterai ben, je ferai tout ce que tu m'ordonneras; mais tu me laisseras mes petits souliers et mes jupons courts...

BLAISE. . "

Et tes cornettes aussi. ««T'as cent fois pus de raison que moi. Je ne suis vraiment qu'une bêté. Es-tu contente que je t'avoue que je suis béte? Voyais donc ce que c'est que les langues. Vlà un petit ange qu ailes vouliont me faire déguiser en diable pour se gausseï* de moi par après.

JEANNETTE

Tiens, mon petit Biaise, tu n'as qu'à dire; si^tu le veux, je deviendrons sérieuse, je ne rirons plus, je ferons la fière. J'ons déjà essayé ça plus d'une fois ; mais c'est que ça m'attriste trop, je finis par pleurer, et puis je tombe malade.

BLAISE

Pardi ne, n'vas pas t'aviser d'ça. J'voulons d'une femme qui s'porte bien. Monsieur, excusais -nous d'vous avoir dérangé; mais c'est la dernière fois que vous nous verrais en querelle. Viens, Jeannette, viens, mon enfant.

( Ils sortent. )

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