SCENE YI
M. VIÉTOF, ERNEST.
M. VIÉTOF, riant aux éclats.
Riez donc comme moi, au lieu de faire la mine que vous faites. Je les crois folles, sur mon honneur; à moins qu'il ne soit question de cette lettre anonyme' qu'elles ont reçue hier au soir.
ERNEST
Une lettre anonyme sur moi ?
M. VIÉTOF.
Oui ; mais si sotte qu'il est convenu qu'on ne doit pas vous en parler.
9G£NE VI. !2Qi
ERNEST
Que pouvait-elle contenir ?
M. VIÉTOF.
Des balivernes en style pitoyable.
ERNEST
Je la veux voir.
M, VIÉTOF,
Elle est brûlée.
r^ ERNEST.
Vous avez eu tê>rt.
M. VIÉTOF.
De vous en parler, c'est vrai. A coup sûr, dès que ma femme «'en a pas fait d'.éclat, il fallait que cet écrit fût bien insignifiant.
ERNEST
Mais vous l'avez lu?
M. VIÉTOF.
Ah ! nous n'en sortirons pas. Oui , je l'ai lu , et je vous répète que c'est la plus sotte chose du monde. If 'allez pas en faire de bruit; vous gâteriez toute cette fête. Promettez-lç-moi, Ernest.
ERNEST
Il est pourtant cruel
M. VIÉTOF , l'interrompant.
Combien je me repens de n'avoir pas su me tairç ! Ernest , prenez-y garde ; si vous donniez suite à cette indiscrétion, je serais homme à ne pas me montrer de la journée. Madame Viétof est terrible.
262 LE PLUS BEAU lOUR DE LA VIE.
Vous voyez encore tout cela en beau; mais vous saurez un jour combien un mari doit être sur le qui vive.
ERNEST
Ne craignez rien.
M. VIÉTOF.
Nous faisons bon ménage; personne ne peut
dire que nous ne faisons pas bon ménage
Mais vous me donnez votre parole d'oublier la lettre anonyme. ' ^
ERNEST
Je vous la donne.
M. VIÉTOF.
Vous êtes un honnête homme, et j'y cémpte. ( a pan. > Avec cela, j'aurais mieux fait de ne'rien dire.