‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 166 sur 247 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MADAME ROCHEf ILLE.

Il ne peut pas vous entrer dans la tête qu'un homme puisse être rangé.

M. DUMOWT.

Si fait.; mais, tenez, nous ne pourrions jamais nous entendre.

MADAME ROCHEVILLE.

Avec qui nous faites-vous dîner aujourd'hui?

M. DUMONT

Avec l'univers. Je vois déjà plus de vingt personnes sans nous compter.

MADAME ROCHEVILLE.

Vingt personnes !

M. DUMONT

Au moins.

MADAME ROCHEVILLE.

Et qui sont-elles donc?

M. DUMONJ.

Je ne crois pas que vous en connaissiez une seule. C'est, par exemple, le gros procureur Ruinard, sa femme, son maître clerc, et une certaine demoiselle Sophie que Ruinard traîne partout, et qui est bien véritablement sa cousine; Guéridon , le médecin, avec: une espèce de parente aussi; que sais-je, moi? le^ petit Blaye et sa sœur, qui chante tout ce qu'on veut ; plusieurs employés de mon administration, enfin tous gens qui aiment à rire et qui se moquent du rester

MADAME ROCHETILLE.

Monsieur Dumont , je ne suis pas 'rfdicule , vous le savez; mais il me semble que je vais être bien gauche avec ce monde-là.

M. DUMONT

Que non. On hurle avec les loups.

MADAME ROCHEVILLE.

J'aime si peu la grosse joie.

M. DUMONT

Cela vous paraîtra drôle, quand ce ne serait que la nouveauté.

MADAME ROCHEVILLE.

Je n'ai été qu'une seule fois dans ma vie au bal de l'Opéra avec monsieur Rocheville; on dit que c'est fort gai; nous nous y sommes ennuyés à mourir. Cependant nous étions sur de bonnes banquettes, assis bien à notre aise.

M. DUMONT

■ Sur de borgnes banquettes ! De quoi vous avisezvous aussi d'aller au bal de l'Opéra pour rester sur des banquettes? On se mêle dans la foule. Demandez aux femmes qui s'y amusent si elles savent seulement qu'il y ait des banquettes?

MADAME ROCHEVILLE.

Eh bien , elles se fatiguent et ji'en sont pas plus avancées.

M. DUMONT

Véritablement vous n'êtes pas de ce siècle-ci.

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