SCÈNE IH
M. PRESSÉ
Que de temps perdu ! nous resterons ici jusqu'à demain , si vous n'y prenez garde.
M. DURET
On veut nous faire un cours.
H. PONCTUEL
On s'éclaire par la discussion.
M. INDÉCIS
Moi, je trouve qu'on s*embrouille.
M. PRESSÉ
Condamnons ou absolvons , et finissons-en.
M. PÀRLAVIDE, se rasseyant.
Condamnons! Eh! messieurs, qui vous parle de condamner? Serais -je assez malheureux pour que vous eussiez tiré une aussi triste conclufiion des doctrines que je viens de professer? Condamnons ! Ce mot doit-il se trouver dans le vocabulaire d'un juré? Prenez-y garde, messieurs, le siècle n'est que trop epclin à dénaturer des principes vwais par de fausses conséquences; et lorsque je soutenais, en thèse générale, que nous devions nous armer d'une juste sévérité, je n'ai pas dû prévoir que vous donneriez à ma pensée une extension aussi blâmable que dangereu5e.,Ne sommes- notis pas, avant tout, les défenseurs de la veuve et de l'orphelin?
M. PRESSÉ
Mais il n'y a ni veuve ni orpheli» dans cette af-
ses LE JURY.
faire. La fille Mengin n'a jamais été mariée, et elle a encore sa mère.
M. BENIJS.
Qu'est-ce que cela fait? Monsieur dit de bonnes choses.
M. PAHLAYIDE^ coatiMânt.
La société ne nous a-t-elle pas interposés entre la loi et le coupable pour que l'innocent n'eût rien à redouter de la justice?
M. POIfCTUEL ,. hn.
Quelle palinodie !
M. DUR]^, de même.
Quels lieux communs !
M. JOVIAL , de même.
C'est du talent.
M* DURET, de même.
Il se moque de nous.
M. PRESSÉ, hmiU
Passons donp à la troisième question.
M. P^RLATmï:.
La fille Mengin est -elle coupable d'avoir volé à l'aide d'escalade ? Mon avis est non.
M. BEtflN.
Non.
M. PRESSÉ
Oui, elle a volé à l'aide d'escalade.
M. PONCTUBT..
3i elle a volé dans un endroit clos y que la porte
SGEHE IH. 365
n'ait pas été ouverte , ou qu'dle n'en ait pas eu les clefs, point de doute qu'elle n'ait volé à l'aide d'es-^
calade.
M. PARLAVIDE.
Monsieur, dites- vous oui ou non ?
M. PONCTUEL
A cause de l'incertitude, je dis non.
M. JOVIAL
Non. (Poussant M. Leveille qui dort. ) A VOUS.
M. LEVEILLE, mal éveillé.
Après VOUS.
M. JOVIAL
J'ai parlé, moi.
M. LÉVEILLÉ, bas.
Comment avez-vous dit?
M. JOVIAL, de même.
J'ai dit : non.
M. LÉVEILLÉ, haut.
Non.
M. INDÉCIS
Escalade vient du mot latin scala^ qui signifie échelle en français. Or, il ne m'est pas démontré que l'échelle trouvée non loin de l'endroit par lequel la fille Mengin aurait franchi la muraille , lui ait véritahlement servi à cet usage.
M. BURET
Monsieur, veuillez conclure positivement.
3ft4 I.I: JURY. f
M. INDÉCIS
Positivement... non.
M. DURET
Quant à moi, je déclare, en mon âme et conscience, qu'il est prouvé que la fille Mengîn a volé des lapins, la nuit , à Faide d'escalade.
M. PARLA VIDE, souriant.'
Votre déclaration est faite d'un ton qui ferait supposer de Tanimosité contre la prévenue.
M. DURET
. Je ne me laisse point influencer.
M. PARLA VIDE, affecUnt de lanëgèretë.
Qui pense à vous influencer?
DIXIÈME JURÉ , bas au neuvième.
Comme le ton du président est radouci !
NEUVIÈME JURÉ, de même. ^
Il a lu une lettre.
DIXIÈME JURÉ , de même.
Tiens, vous êtes aussi bon observateur que moi. J'avais bien vu aussi qu'il avait lu une lettre.
M. PA^ILAVIDE , au neuvième jure.
A voua , monsieur.
NEUVIÈME JURÉ
Plaît- il?
M. PAftLAVlDE.
La fille Mengin...