‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 202 sur 247 · SCÈNE IH · texte numérisé non relu

SCÈNE IH

M. PRESSÉ

Que de temps perdu ! nous resterons ici jusqu'à demain , si vous n'y prenez garde.

M. DURET

On veut nous faire un cours.

H. PONCTUEL

On s'éclaire par la discussion.

M. INDÉCIS

Moi, je trouve qu'on s*embrouille.

M. PRESSÉ

Condamnons ou absolvons , et finissons-en.

M. PÀRLAVIDE, se rasseyant.

Condamnons! Eh! messieurs, qui vous parle de condamner? Serais -je assez malheureux pour que vous eussiez tiré une aussi triste conclufiion des doctrines que je viens de professer? Condamnons ! Ce mot doit-il se trouver dans le vocabulaire d'un juré? Prenez-y garde, messieurs, le siècle n'est que trop epclin à dénaturer des principes vwais par de fausses conséquences; et lorsque je soutenais, en thèse générale, que nous devions nous armer d'une juste sévérité, je n'ai pas dû prévoir que vous donneriez à ma pensée une extension aussi blâmable que dangereu5e.,Ne sommes- notis pas, avant tout, les défenseurs de la veuve et de l'orphelin?

M. PRESSÉ

Mais il n'y a ni veuve ni orpheli» dans cette af-

ses LE JURY.

faire. La fille Mengin n'a jamais été mariée, et elle a encore sa mère.

M. BENIJS.

Qu'est-ce que cela fait? Monsieur dit de bonnes choses.

M. PAHLAYIDE^ coatiMânt.

La société ne nous a-t-elle pas interposés entre la loi et le coupable pour que l'innocent n'eût rien à redouter de la justice?

M. POIfCTUEL ,. hn.

Quelle palinodie !

M. DUR]^, de même.

Quels lieux communs !

M. JOVIAL , de même.

C'est du talent.

M* DURET, de même.

Il se moque de nous.

M. PRESSÉ, hmiU

Passons donp à la troisième question.

M. P^RLATmï:.

La fille Mengin est -elle coupable d'avoir volé à l'aide d'escalade ? Mon avis est non.

M. BEtflN.

Non.

M. PRESSÉ

Oui, elle a volé à l'aide d'escalade.

M. PONCTUBT..

3i elle a volé dans un endroit clos y que la porte

SGEHE IH. 365

n'ait pas été ouverte , ou qu'dle n'en ait pas eu les clefs, point de doute qu'elle n'ait volé à l'aide d'es-^

calade.

M. PARLAVIDE.

Monsieur, dites- vous oui ou non ?

M. PONCTUEL

A cause de l'incertitude, je dis non.

M. JOVIAL

Non. (Poussant M. Leveille qui dort. ) A VOUS.

M. LEVEILLE, mal éveillé.

Après VOUS.

M. JOVIAL

J'ai parlé, moi.

M. LÉVEILLÉ, bas.

Comment avez-vous dit?

M. JOVIAL, de même.

J'ai dit : non.

M. LÉVEILLÉ, haut.

Non.

M. INDÉCIS

Escalade vient du mot latin scala^ qui signifie échelle en français. Or, il ne m'est pas démontré que l'échelle trouvée non loin de l'endroit par lequel la fille Mengin aurait franchi la muraille , lui ait véritahlement servi à cet usage.

M. BURET

Monsieur, veuillez conclure positivement.

3ft4 I.I: JURY. f

M. INDÉCIS

Positivement... non.

M. DURET

Quant à moi, je déclare, en mon âme et conscience, qu'il est prouvé que la fille Mengîn a volé des lapins, la nuit , à Faide d'escalade.

M. PARLA VIDE, souriant.'

Votre déclaration est faite d'un ton qui ferait supposer de Tanimosité contre la prévenue.

M. DURET

. Je ne me laisse point influencer.

M. PARLA VIDE, affecUnt de lanëgèretë.

Qui pense à vous influencer?

DIXIÈME JURÉ , bas au neuvième.

Comme le ton du président est radouci !

NEUVIÈME JURÉ, de même. ^

Il a lu une lettre.

DIXIÈME JURÉ , de même.

Tiens, vous êtes aussi bon observateur que moi. J'avais bien vu aussi qu'il avait lu une lettre.

M. PA^ILAVIDE , au neuvième jure.

A voua , monsieur.

NEUVIÈME JURÉ

Plaît- il?

M. PAftLAVlDE.

La fille Mengin...

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