SCÈNE ni: 3)S
M. PHESSÉ.
Il est près de trois heures.
NEUVIÈME JURÉ, bas.
Heureusement je ne dîne qu'à cinq aujourd'hui,
M. nÛHET,
La Bourse sera fermée.
M. PRESSE
Président, passez au second juré.-
M. PARLA Vllfig.
Je vais reposer la seconde question, pour qiie le premier juré réponde par oui ou par non, et je déclare que je ne permets plus d'objections.
M. PONCTUEL
Cependant il faut bien éclairer mutuellement notre religion.
La discussion du tribunal ne l'a éclairée que de reste.
M. PARLAVIDE.
La fille Mengin est -elle coupable d'avoir volé de nuit?
M. BENIN
Non.
M. PONCTUEL
Oui , si la lune constitue la nuit.
M. JOVIAL, d'nn too d'hésitation.
Non.
^eq LB juB¥.
délit qui vous est étranger dans un délit qui pouvait vous atteindre, je ne craii^s pas de vous le dire, messieurs, vous déviez de la route qui vous est tracée; . oui, messieurs, vous manquez à votre devoir. Voilà deux questions résolues à la majorité d'une voix contre l'accusée. La Coui^ peut renvoyer la fille Mengin à Villejuif, pour attester notre faiblesse ou plutôt notre insouciance. !
M. INDÉCIS. i
Mais , dame ! si le tribunal la renvoie , ce sera la faute du tribunal, puisque nous aurons donné le compte de voix nécessaire pour la condamner.
M. PARLAVIDE.
Mauvaise subtilité qui ne conduirait qu'à détruire l'effet du jury, que du raste on n'entend point encore en France. Eh bien ! moi, messieurs, j'invente le jury et je le professe. Le jury n'est autre chose que la coa- lition de la partie saine de la société contre la partie malade de cette même société. Atànt de passer plus avant , je vous prie de réfléchir à cette définition , qui est grande, morale et positive.
( Un. moment de brouhaha , pendant lequel M. Parlavide tire de sa poche la lettre qu'on lui a remise. Après l'avoir lue , il se lève , s'avance ^au bord dç la scène, et dit k part avec uno e'motion marquée : )
Grand Dieu ! cette fille Mengin serait... Ce nom aurait du me frappeV. Son âge se rapporte à l'époque où je mis sa mère hors de chez moi pour céder aux importunités de ma femme. Malheureuse enfant ! la misère l'aura conduite... Ses traits, d'ailleurs, ont une conformité frappante avec ceux de sa mère... Tâchons de détourner le mal que j'ai pu faire.