SCÈNE IV
M, DE ROCHËAOïr.
Répétez-moi donc encore une foi$ , mon cher ami, que le motif que vous m'avez donné du silence de monsieur votre^oncle envers moi n'est pas une phiisanterie.
LJION.
Il n'y a rien de si sérieux. Demandez à madame.
M. DE ItOeHERQN.
Vous ne me ferez jamais croire qu'un avocat de Paris y un homme d'esprit, puisse être timoré à ce point-là.
LÉON
Il n'y a peut-être que madame Bernard qui trouve cela* tout simple.
MADAME BERNARD
Il ne faut pas me mettre en jeu. Je répète ce qu'il m'a dit ; il peut avoir ses raisons. A présent surtout que les mœurs sont à la mode , on blâme beaucoup de choses auxquelles on n'aurait pas fait attention il y a quelque temps.
M. DE ROCHERON, fouriant.
Je commence à être sur la voie. Et puis , s'il m'avait répondu, il n'a pas d'enfans, vous êtes son seul héritier, il aurait pu craindre que i^ous ne voulussions l'engager. Qu'il se rassure ; je suis assez riche, Dieu merci, pour choisir le gendre qui me convient; à moins cependant qu'il n'y ait quel-^ que autre chose que vous ne voulez pas me dire,
LÉON
Quelque avitre chose !
890 TOUS LES COMÉDIENS, etc.
M. DE ROGHERON.
Um petit tour de jeunesse , quelque fredaine, bien excusable sans doute j mais dont un oncle si sévère conserve cependant de Ja rancune/
Ah ! pour cela , monsieur , je puis vous assurer qu'excepté ce que vous savez, il n'y a rien à reprocher à monsieur Léon.
LÉON
Je vous jure que pion oncle n'a pas d'autre plainte à faire de moi.
M. DE ROGHERON.
Je sais des gen$ qui se sopt faits rigoristes ; mais je n'en connais point encore qui se soient élevés à ce point de perfection.
MADAME BERNARD
Monsieur a tant d'esprit; il est si prévoyant. II pense toujours six mois d'avance comme il faudra penser dans six mois.
M. DE ROGHERON, ^
C'est une heureuse faculté
MADAME BERNARD
Et qui demande bien du courage; car il faut savoir rompre à temps avec certaines gens, et se lier à propos avec d'autres; aussi est-on bien sûr de ne rencontrer jamais ici que des personnes que l'on peut voir.
M. DE ROGHERON, avec legërelë.
Surce pied-là, j'ai grand'peur qu'il ne me reçoive pas.
9G£Nfi ly. 301
UBOK.
Si vjOus pouviez .seulement être témoin de l'entrevue que nous allons avoir ensemble.
M. DE ROCHERON.
 quoi bon ?
LÉON
Vous seriez à même de nous juger tous les deux. Il me vient une idée, madame Bernard; ce cabinet est-rl toujours inhabité ?
MADAME BEÏINÂRD.
Toujours.
LÉON
Vous en avez les clefs ?
MADAME BERNARD
Oui.
LÉON
C'est on ne peut mieux, (a m. daRodMron.) Vous pourrez vous y tenir tout le temps qu'il vous plaira, et sortir ensuite par l'antichambre , sans que personne vous voie.
M. DE •ROCtïERON.
Comment ! vous voulez me mettre en embuscade ?
LÉON , avec instance.
Monsieur, ne me refusez pas.
M. DE ROCHERON.
Si fait vraiment, mon cher ami. Votre expédient est au moins inutile.
392 TOUS LES COMÉDIENS , etc.
LÉON
Ah! monsieur, je vous en conjure. Songez combien il est important pour moi que vous me connais-* siez bien.
MÀDilME BERNABB.
Je commence à concevoir le désir de monsieur Léon ; et je me range à son avis. Dans une affaire aussi sérieuse 9 il ne faut laisser aucun louche. Mé^ fiance est mère de sûreté. Mais, attendez donc: n'est-ce pas trahir mon maître que de me prêter à cela? •
LÉON
Au contraire , ma chère madame Bernard , vou& mettez monsieur à même de pouvoir l'apprécier.
MADAME BERNABD.
C'est vrai.
LÉON
Et vous me rendez à moi un service essentiel.
MADAME BERNARD
Je n'tiésite plus. Je vous ai presque élevé, mon' sieur Léon; et je ne voudrais pas que monsieur s'imaginât ce qui n'est pas. Vous êtes un bon et honnête jeune homme; je le dis, je le répète. Monsieur verra bien que votre oncle ne me démentira pas. Il y va de mon honneur; et certainement, si
vous ne m'eussiez jamais quittée Enfin, enfin, je
vais toujours chercher les clefs.
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