SCÈNE VIII
MADAMe'BERNARD , M. PARTOUT; en habit de JlmUtut.
M. PARTOUT. Il se promène sur le the'âtre avec l'air de la plus grande satisfaction.
Ah ! quel succès ! ah ! quelle chose étonnante ! Madame Bernard, je n«en puis plus; mais je viens d'être bien brillant.
MADAME BERNARD
Tant mieux , monsieur.
M. PARTOUT
Je ne puis vous expliquer cela. Il ne sied pas de^ faire son éloge; d'ailleurs, vous ne pourriez pas me comprendre. Tout ce que je puis vous dire; c'est que je suis très-fatigué.
( Il s'assied. )
506 T0U9 LES COMÉDIENS , etc.
Monsieur, tout le ttionde peut avouer qu'il est fatigué.
M. PARTOUT, M levant et marchant à grands pas.
Mais le succès que je viens d'avoir à Tlnstitut ! Ils n'en reviendront de long-teri^ps, je vous en réponds. M'avez-vous déjà entendu parler du zodiaque de Denderah ? ,,
MADAME BERNARD
A peu près.
M. PARTOUT
Ce zodiaque met tous les esprits à la torture. Les uns veulent qu'il prouve une antiquité inconnue; d'autres, au contraire, prétendent qu'il prouve la vérité des anciens livres : eh. bien, moi, par un bonheur inouï, je viens de prouver qu'il ne prt)uve rien. Cela m'est venu tout d'un coup, sans y penser, sans avoir aucune idée arrêtée. Je n'étais ni pour ni contre. Dans cette indécision, mon étoile a voulu que je trouvasse un terme moyen qui a le grand avantage de ne me mettre mal avec pefsonne, et qui m'a fourni l'à-propos le plus étonnant qu'on ait peut-être jamais entendu.
MADAME BERNARD
Monsieur, je disais bien que vous étiez un homme extraordinaire.
M. PARTOUT
Oui, vraiment, extraordinaire, ce n'est pas trop- Trouver autant de raisons à l'appui d'une opinion qui, au bout du compte, m'est fort indifférente.
gpÈNE Vni. 397
1IIA0AME BERNARD , m toarnanc du cèU dn cabinet.
Que j'aurais voulu que ces messieurs fussent là!
M. PARTOUT
Quels messieurs ?
IIADAME BERNARD , avec embarras.
Ces maftsieurs.... de ia Fabrique ; ceux qui yeulent vous faire marguillier.
M. PARTOUT
Parbleu ! ils y auraient compris grand'chose.
MADAME BERNARD
Ils trouvent que vous parlez si bten.
M. PARTO¥T
Quand je s^is avec eux, je parle pour^eux. Mais à rin^itut! UQ si\pcès à l'Institut! c'est une autre
affaire. (Jl prend une lettre tar son bureftu. ) Âh ! ah ! C'cSt pOUT
moû oraison funèbre dé demain, (nut.) « Monsieur , <c j^ai Phonneuf de vous rappeler que c'est demain qae «vous vous êtes chargé de jeter des fleurs sur la « tombe de l'illustre confrère que noits venons de « perdre. »
MADAME BERNARD
Combien de fleurs comm^ cela n'avez-vous pas déjà jetées !
M. PARTOUT
Ça commence à en faire beaucpup.
Je ne conçois pas que vous puissiez être toujours
306 TOUS LEI» 0Oli£W$;NS, etc.
prêt à vous attendrir ainsi publiquemeat pour le premier venu.
' M. PARTOUT
Dites donc pour le premier qui s'en va. (nrit) Ah! ah ! ah ! J'en ai l'habitude ; et puis cela &it bien dans le public. Vous n'avez vu personne ?
MADAME BERIfïARD.
Pardonnez-moi, monsieur. D'abord, cette pauvre dame qui a tant à se plaindre d'un grand personnage.
M. PARTOUT
Ah ! bast ! je ne m'étais chargé de soif^afGsiire que parce que j'espérais que cela me mettrait en relation avec sa partie adverse ;* mais puisqu'il n'en est rien, ma foi!... Efit-ce tout? ^
MADAME BERNARD , !i pa?t.
Voici le moment de le préparer conune il faut
{JLwt, en se tournaQt du côté du odûnet.) Il eSt CUCOrC VCnU UnC
autre personne qui vous est bien chère, et q^e.vous ayrez bien d^i plaisir à revoir.
M. PARTOUT
Qui cela donc ?
MADAME BERNARD
Votre cœur ne vous l'indique pas?
Finissons. Quelle est cette personne ?
MADAME BERNARD
C'est im jeune homme qui a des torts assurément^
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de très-grands t«r ts ; mais la jeunesse excuse bien des choses : et d'ailleurs , à tout p^ché miséricorde.
M. PARTOUT
Est-ce que ce serait mon neveu , par hasard ?
MADAME BERNARD
Oui , monsieur^ c'est lui-même.
M. PARTOUT
Qui vient de JVfontpeUier sans me prévenir ! Vous seriez:* vous chargée de parler pour lui?
MADAME BBRIiAllD.
Non, monsieur.
JM. PARTOUT.
Vous l'avez bien assuré que je ne consentifaris jamais à son mariage?
MiM)AME BËRÎ9ARD.
Il n'y a pas de doute.
De quel air a-t-il reçu cela ?
MADAME BERNARD
Il a l'air as^ez résolu , et son beau-père aussi.
M. PARTOUT
Son beau-père ! Son beau-père est donc avec lui?
MADAME BERISARD.*
Mais oui , monsieur.
M. PARTOUT
. Ah ! son beau-père est avec lui.,.. Ils se seront concertés pour me faire une scène de pathos.
400 TGCS LES GOMÉIHENS , etc.
MADAME BEBNAID, à part» d'un air effraya.
Ui^e scène dç pathos J où me^uis^je fourrée?
M. PARTOUT
Ils n'ont qu'à bien se teatir; je les i^cevrai de la bonne façon. Dites à Philippe de me donner un autre habit.
MADAME BERNARD
J'y vais, monsieur, c a part, en sortant.) Une scène de pathos ! Je me sais prêtée k une scène^ pathos !
M. PARTOUT
Je ne puis pas enqpêcher ce mariage, qifl du reste m'est fort indifférc^nt; mais j'aurai fait ce que je dois faire dans ma position , et madame Bernard aura soin de répandre jusqu'à quel point je pousse les scrupules. Elle est excellente pour oela.
(Urit.) MADAME BERNARD , ajpi^ortant un habit.
Je n'ai pas trouvé Philippe; mais voici votre habit.
M. IM^RTOUT quitte son habit de l'Institut et met l'autre.
C'est bon. Ah ! messieurs les comédiens !
«gèhr ix; 401
If. FARTOWT, MADÀiiB BERNARD, LÉON. •
LEON I courflit vers son onde.
Bonjour, moQ chôr oncle.
M. pIktout.
Madame Bernard , laisses>nous.
I ( Madame Bernard s'en yfh Un intonralle de lilence pendant le^pel. l'onde et le neveu se regardent. )
lÉOXÏ , d'an air timW. t.
Mon cher onclç , comniQ vous me regardez ! Seraitil donc vwii que vous fussiez tîouirôucé contre moi?
Qu*fti-je fait pour m'attirer un pareil malheur? * *^ ■
- Itf . PARtOUT, de l'^ir le plus sërieux.
Vous ne Tignorfez pas, monsieur, et lorsque, malgré les avertissemens que je vous ai fait donner, vous avez persisté à vous livrer à Ya frivolité de vos goûts , au lieu de chercher à acquérir 1^ gravité nécessaire à un homme de votre ^profession , vous avez dû penser que tout lien entre nous était rompu.
LÉOW.
Je vous «issure, mon cher oncle, que je n'ai reçu aucun avertissement de votre part j et cela est si vrai, quç je ne sais pa^ encore ce que vous entendez par la frivolité de mes goûts.
( Il se tourne du côte du cabinet. ) lu â6
402 TOUS LESsGjCNHÉBiENS, etc.
M. PARTOUT
C'est le n^étier xl'hûdtrion que votis £aites.
LÉON
Quoi! mon oncle, «ce sont là ^s 9Qixfe«e{)rdches que vous ayez à mite faire ? * • '
M. PARTOUÏ.
La corruption du siècl^ vous entraîne, mon<neveu; , vous vous faites esprit fort pour mépriser toutes les convenances; je souhaite que eela vous réussisse. Au surplus , Pantalon était loédécin. ^.r -
LÉON, riâbt aux éclats. *-
Tenez , moji cher ()ncle, il y a tant de probité dans votre talent, qu'il vous est itnpossible oje soutenir long-temps une mauvaise îiause; il faut que votre esprit vous. décèle? ^ ■
M. PARTOUT, d'un ton plus radouci. i
Il n'y a pqjnt-» d'esprit là-dedans.
Votre Pantalcfti médecin est très-drôle. '
M. PARTOUT, riant.
Tu vas me faire rire , «et ce n'est pas ce que je voulais.
LÉON
Si vous avez à me corriger, vous me; corrigerez plutôt en riant qu'avec le ton sévère que V'ouâ^aTez pris.
M. PARTOUT
C€tstigat ridendo, ce doit être ta devise, c'est la