‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 217 sur 247 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

MADAMe'BERNARD , M. PARTOUT; en habit de JlmUtut.

M. PARTOUT. Il se promène sur le the'âtre avec l'air de la plus grande satisfaction.

Ah ! quel succès ! ah ! quelle chose étonnante ! Madame Bernard, je n«en puis plus; mais je viens d'être bien brillant.

MADAME BERNARD

Tant mieux , monsieur.

M. PARTOUT

Je ne puis vous expliquer cela. Il ne sied pas de^ faire son éloge; d'ailleurs, vous ne pourriez pas me comprendre. Tout ce que je puis vous dire; c'est que je suis très-fatigué.

( Il s'assied. )

506 T0U9 LES COMÉDIENS , etc.

Monsieur, tout le ttionde peut avouer qu'il est fatigué.

M. PARTOUT, M levant et marchant à grands pas.

Mais le succès que je viens d'avoir à Tlnstitut ! Ils n'en reviendront de long-teri^ps, je vous en réponds. M'avez-vous déjà entendu parler du zodiaque de Denderah ? ,,

MADAME BERNARD

A peu près.

M. PARTOUT

Ce zodiaque met tous les esprits à la torture. Les uns veulent qu'il prouve une antiquité inconnue; d'autres, au contraire, prétendent qu'il prouve la vérité des anciens livres : eh. bien, moi, par un bonheur inouï, je viens de prouver qu'il ne prt)uve rien. Cela m'est venu tout d'un coup, sans y penser, sans avoir aucune idée arrêtée. Je n'étais ni pour ni contre. Dans cette indécision, mon étoile a voulu que je trouvasse un terme moyen qui a le grand avantage de ne me mettre mal avec pefsonne, et qui m'a fourni l'à-propos le plus étonnant qu'on ait peut-être jamais entendu.

MADAME BERNARD

Monsieur, je disais bien que vous étiez un homme extraordinaire.

M. PARTOUT

Oui, vraiment, extraordinaire, ce n'est pas trop- Trouver autant de raisons à l'appui d'une opinion qui, au bout du compte, m'est fort indifférente.

gpÈNE Vni. 397

1IIA0AME BERNARD , m toarnanc du cèU dn cabinet.

Que j'aurais voulu que ces messieurs fussent là!

M. PARTOUT

Quels messieurs ?

IIADAME BERNARD , avec embarras.

Ces maftsieurs.... de ia Fabrique ; ceux qui yeulent vous faire marguillier.

M. PARTOUT

Parbleu ! ils y auraient compris grand'chose.

MADAME BERNARD

Ils trouvent que vous parlez si bten.

M. PARTO¥T

Quand je s^is avec eux, je parle pour^eux. Mais à rin^itut! UQ si\pcès à l'Institut! c'est une autre

affaire. (Jl prend une lettre tar son bureftu. ) Âh ! ah ! C'cSt pOUT

moû oraison funèbre dé demain, (nut.) « Monsieur , <c j^ai Phonneuf de vous rappeler que c'est demain qae «vous vous êtes chargé de jeter des fleurs sur la « tombe de l'illustre confrère que noits venons de « perdre. »

MADAME BERNARD

Combien de fleurs comm^ cela n'avez-vous pas déjà jetées !

M. PARTOUT

Ça commence à en faire beaucpup.

Je ne conçois pas que vous puissiez être toujours

306 TOUS LEI» 0Oli£W$;NS, etc.

prêt à vous attendrir ainsi publiquemeat pour le premier venu.

' M. PARTOUT

Dites donc pour le premier qui s'en va. (nrit) Ah! ah ! ah ! J'en ai l'habitude ; et puis cela &it bien dans le public. Vous n'avez vu personne ?

MADAME BERIfïARD.

Pardonnez-moi, monsieur. D'abord, cette pauvre dame qui a tant à se plaindre d'un grand personnage.

M. PARTOUT

Ah ! bast ! je ne m'étais chargé de soif^afGsiire que parce que j'espérais que cela me mettrait en relation avec sa partie adverse ;* mais puisqu'il n'en est rien, ma foi!... Efit-ce tout? ^

MADAME BERNARD , !i pa?t.

Voici le moment de le préparer conune il faut

{JLwt, en se tournaQt du côté du odûnet.) Il eSt CUCOrC VCnU UnC

autre personne qui vous est bien chère, et q^e.vous ayrez bien d^i plaisir à revoir.

M. PARTOUT

Qui cela donc ?

MADAME BERNARD

Votre cœur ne vous l'indique pas?

Finissons. Quelle est cette personne ?

MADAME BERNARD

C'est im jeune homme qui a des torts assurément^

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de très-grands t«r ts ; mais la jeunesse excuse bien des choses : et d'ailleurs , à tout p^ché miséricorde.

M. PARTOUT

Est-ce que ce serait mon neveu , par hasard ?

MADAME BERNARD

Oui , monsieur^ c'est lui-même.

M. PARTOUT

Qui vient de JVfontpeUier sans me prévenir ! Vous seriez:* vous chargée de parler pour lui?

MADAME BBRIiAllD.

Non, monsieur.

JM. PARTOUT.

Vous l'avez bien assuré que je ne consentifaris jamais à son mariage?

MiM)AME BËRÎ9ARD.

Il n'y a pas de doute.

De quel air a-t-il reçu cela ?

MADAME BERNARD

Il a l'air as^ez résolu , et son beau-père aussi.

M. PARTOUT

Son beau-père ! Son beau-père est donc avec lui?

MADAME BERISARD.*

Mais oui , monsieur.

M. PARTOUT

. Ah ! son beau-père est avec lui.,.. Ils se seront concertés pour me faire une scène de pathos.

400 TGCS LES GOMÉIHENS , etc.

MADAME BEBNAID, à part» d'un air effraya.

Ui^e scène dç pathos J où me^uis^je fourrée?

M. PARTOUT

Ils n'ont qu'à bien se teatir; je les i^cevrai de la bonne façon. Dites à Philippe de me donner un autre habit.

MADAME BERNARD

J'y vais, monsieur, c a part, en sortant.) Une scène de pathos ! Je me sais prêtée k une scène^ pathos !

M. PARTOUT

Je ne puis pas enqpêcher ce mariage, qifl du reste m'est fort indifférc^nt; mais j'aurai fait ce que je dois faire dans ma position , et madame Bernard aura soin de répandre jusqu'à quel point je pousse les scrupules. Elle est excellente pour oela.

(Urit.) MADAME BERNARD , ajpi^ortant un habit.

Je n'ai pas trouvé Philippe; mais voici votre habit.

M. IM^RTOUT quitte son habit de l'Institut et met l'autre.

C'est bon. Ah ! messieurs les comédiens !

«gèhr ix; 401

If. FARTOWT, MADÀiiB BERNARD, LÉON. •

LEON I courflit vers son onde.

Bonjour, moQ chôr oncle.

M. pIktout.

Madame Bernard , laisses>nous.

I ( Madame Bernard s'en yfh Un intonralle de lilence pendant le^pel. l'onde et le neveu se regardent. )

lÉOXÏ , d'an air timW. t.

Mon cher onclç , comniQ vous me regardez ! Seraitil donc vwii que vous fussiez tîouirôucé contre moi?

Qu*fti-je fait pour m'attirer un pareil malheur? * *^ ■

- Itf . PARtOUT, de l'^ir le plus sërieux.

Vous ne Tignorfez pas, monsieur, et lorsque, malgré les avertissemens que je vous ai fait donner, vous avez persisté à vous livrer à Ya frivolité de vos goûts , au lieu de chercher à acquérir 1^ gravité nécessaire à un homme de votre ^profession , vous avez dû penser que tout lien entre nous était rompu.

LÉOW.

Je vous «issure, mon cher oncle, que je n'ai reçu aucun avertissement de votre part j et cela est si vrai, quç je ne sais pa^ encore ce que vous entendez par la frivolité de mes goûts.

( Il se tourne du côte du cabinet. ) lu â6

402 TOUS LESsGjCNHÉBiENS, etc.

M. PARTOUT

C'est le n^étier xl'hûdtrion que votis £aites.

LÉON

Quoi! mon oncle, «ce sont là ^s 9Qixfe«e{)rdches que vous ayez à mite faire ? * • '

M. PARTOUÏ.

La corruption du siècl^ vous entraîne, mon<neveu; , vous vous faites esprit fort pour mépriser toutes les convenances; je souhaite que eela vous réussisse. Au surplus , Pantalon était loédécin. ^.r -

LÉON, riâbt aux éclats. *-

Tenez , moji cher ()ncle, il y a tant de probité dans votre talent, qu'il vous est itnpossible oje soutenir long-temps une mauvaise îiause; il faut que votre esprit vous. décèle? ^ ■

M. PARTOUT, d'un ton plus radouci. i

Il n'y a pqjnt-» d'esprit là-dedans.

Votre Pantalcfti médecin est très-drôle. '

M. PARTOUT, riant.

Tu vas me faire rire , «et ce n'est pas ce que je voulais.

LÉON

Si vous avez à me corriger, vous me; corrigerez plutôt en riant qu'avec le ton sévère que V'ouâ^aTez pris.

M. PARTOUT

C€tstigat ridendo, ce doit être ta devise, c'est la

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