SCE1«E XVII
M. PARTOUT
l'aisez-vous donc, madame Bernard. Ah ça! mon neveu, ceci passe la plaisanterie.
LÉON
Vous allez vous fâcher, mon cher oncle; vous aurez tort. Le tour est drôle, et vous l'aviez autorisé. J'étais si persuadé que vous aviez un talent parfait pour prendre avec chacun le ton qui lui convient , que je ne faisais nul doute que vous ne donnassiez à la fois satisfaction à monsieur Prudent et à son fils. Vous qui êtes un homme du monde , vous appelez cela l'esprit du monde ; moi , qui suis un comédien, j'appelle cela de la comédie. C'est toujours la même chose sous un nom différent.
M. PAUTÔUT.
Est-ce une leçon que vous voulez me donner?
LÉON
Ah! mon cher oncle, j'en recevrais plutôt de vous
M. PARTOUT
Vas-tu recommencer tes quolibets ?
LÉON
En vérité , je vous parle sérieusement. Vous avez un feu, une chaleur, un entraînement, une facilité d'élocution, une franchise surtout qu'on ne peut jamais assez admirer. Pourquoi vous en défendre? Ce sont des dons fort précieux. Si je pouvais jouer aussi naturellement la comédie dans le monde, je me soucie-
432 TOUS LES COHEDIENS, etc.
rais peu de la jouer sur la scène. Monsieur de Rocheron,
qui est bon juge, en est stupéfait. (D'un ton de confidence. ) Il
faut tout vous avouer. Il était là , dans ce cabinet , quand vous m'avez lu ce plaidoyer si touchant en faveur de ce fripon de tuteur. Il ne connaît pas de talent comparable au vôtre. Quatre rôles en un seul jour!
M. PARTOUT
Quatre rôles !
LEON f montraat les diffërens habits de son oncle.
En voilà encore les costumes.
M. PARTOUT
Mon neveu, je me fâcherai à la fin. Je trouve fort indécente votre conduite et^ celle de ce monsieur de Rocheron. Jouez vos farces dans votre tripot, puisque rien ne peut vous en détourner; mais, au moins, sachez respecter la maison de votre oncle.
MADAME BERI^ARD.
Monsieur, pardonnez-lui.
PAULINE
Monsieur , consentez à son bonheur.
LEON se met k genoux , et fait signe à Pauline et^li madame Bernard
de l'imiter.
Mon oncle , nous embrassons vos genoux.
M. PARTOUT
Va-t'en au diable, maudit comédien; et vous, folles, relevez-vous donc. Ne voyez- vous pas quMl se moque de vous?
( Les femmes se relèvent. )
LEON, toujours ^ genoux.
Mon oncle, moit Don oncle, mon cher oncle, j'implore un dénoûment.
M. PARTOUT
Je t« raccorde de bi;>n cœur. Marie-toi cent fois si tu le veuy, et que je n'entende plus parler de toi de m^ vie. Depu^? ce matin , tu n'as fait que me bouleverser la cervelle , et je ne sais plus où j'en suis. ^
Vous recevrez donc mon beau-père?
m PARTOUT.
Non, assurément; je ne l'ai que trop reçu.
LEON
Vous lui écrirez , au moins ?
M. PARTOUT
Je répondrai à sa kttre pour en- finir , et je l'engagerai très-^vem«nt à ike donner sa fille. C'çst la meilleure vengqance que je puisse tirer de lui.
LÉON
Vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites ; et si vous aviez une fille, je suis sûr que vous me la donneriez.
M. .PARTOUT
Heureusement 9 je n'en ai pas.
( n «'«n va. )
434 TOUS LE8 COMÉMENS» etc.
SCÈlVlB xxiit