SCENE I
MARIANNE, et un p«u aprè. M. DE SAINT-BON.
MARIANNE
Ah 1 mon Dieu , monsieur ne pense pas à s^n aller. Et moi qui attends du nlonde à six heures! Voilà cinq heures et demie. L.e terrible homme ! Il ne peut se décider à rien.
M. DE SAINT-BON
Je crois que je suis prêt.
MARIANNE
Pardiiie! il y a une heure que vous l'étos, et que vous lantiponnez comme un enfant. ^
M. DE SAINT-BOlf.
Tu ne t'aperçois pas que tu me jtJurmentes.
MARUNNE.
Plaignez-vous de ce que je vous tourmente. Est-ce moi qui vous ai fait faire cette partie de Versailles ? Vous ne savez jamais refuser." Pour une fois, il n'y a pas grand mal ; mais je ne conçois pas que « vous n'ayez pas plus de défense; et, puisque cette partie vous contrariait , il fallait le dire tout net.
M. DE SAINT-BQN.
Oh bien oui ! tu crois qu'on peut répondre comme cela à des gens qui vous engagent de si bon cœur! D'ailleurs , pour tout autre que moi , ce voyage serait un vrai plaisir. Je suis contrarié, parce que je n'aime pas le dérapgement ; car je suis sûr qu'on va me faire toutes sortes de fêtes. Ce monsieur Valgrain est un si excellent homme, sa femme est si aimable et si gaie! Ce que je crains, c'est cette manie de nouveaux propriétaires qu'ils doivent avoir comme tout le monde : ils vont me promener depuis le haut jusqu'en bas de leur maison; ensuite ce sera le jardin, les potagers qu'il faudra voir. Je suis si peu marcheur ! Et puis c'est un jour de spectacle que je perdrai; et, loi^squ'on est abonné , ce n'est pas agréable.
MARUNl^E.
Vous allez à cette comédie tous les jours; quand vous prendriez l'air de temps en temps , quel grand mal ! Vous devez savoir toutes leurs pièces par cœur. Je ne conçois pas le plaisir que vous avez à entendre si souvent* les mêmes choses.
M. DE SAINT-BON
Songe donc que Je trouve là des gens de connaissance qui m'apprennent les nouvelles, qui causent de toutes sortçs de* choses ; cela me, divertit plus que la campagne, où l'on ne parle de rien.
M^LRIANNE.
Vqus êtes bien un bourgeois de Paris ! Je voudrais que ce ffit moi qu'on eût invitée, je ne me ferais pas tant tirer l'oreille. ( A^n. ) J^enrage !
SCEJiE I. 40
M. DE SAINT-BON
Tu es de la campj^gne, toi, c'est différent; tu te connais à tout cela. Moi , je ne sais seulement pas distinguer le seigle du blé. Comment veux-tu que je m'y amuse ?
MARIANNE
Vous aurez un temps superbe; vous allez partir à la fraîche ; vous trouverez en arrivant un bon petit souper; vous serez bien choyé, bien dorlofté; vous aurez , à coup sûr, le meilleur lit de la maison ; c'est demain la fête, les eaux joueront; tout Paris sera là : ah! mon Dieu, que je vous plains!
M. DB SAINT-BON
As -tu fait partir Baptiste pour mè retenir une place? ' . •
MARIANNE
J'ai mieux fait; je lui ai dit de retenir une voiture pour vous deux tout seuls. Vous occuperez le fond , et Baptiste se tiendm sur la banquette de devant avec vos paquets.
M. DE SAINT-BON
Tu ji'as rien oublié daqs mes paquets? As-tu n^is mes ehaussons de lakie pour la jiuit ?
■ MARIANNE
Oui, monsieur.
M. DE SAINT-BON
Et mes pantoufles ?
. ' * . «lARIANNE.
Aussi.
M. DE SAINT-BON
Quelle robe de chambre n^'as-tu donnée ? II. **
»0 LE SALON lUNfi LA GU](SINE.
MARUVNE.
Votre robe de chambre 4e piqué de Marseille.
M. DE SAINT-BON
Ne crains-tu pas que ce ne soit bien léger pour le matin à la campagne ?
MARIANNE
Eh! mon Dieu, vous revenez demain au soir! Si vous aviez un peu froid le matin, vous mettriez votre gilet à manches. ( a part. ) Il ne s'en ira pas !
M. DE SAIKT-BON.
Je ne sais pas s'il y a de bons perruquier» à Versailles ?
MARUNNE.
Sans doute; et puis Baptiste vous arrangerait fort bien. Partez donc^ monsieur; si vous tardez davantage , vous courrez risque de vous enrhumer à cause de la fraîcheur du soir.
B|. DE SAINT-BON
Tu crois peut-être que je ne prendrai pas ma redingote?
MARUNNE.
Si fait, puisque Baptiste l'a emportée.
M. DE SAJENT-BON.
Tu penses à tout. Ça te fait de la peine de me voir en aller; tu n'es pas accoutumée à cela. Je crois que c'est la première fois que je découche depuis dix ans que tu es avec moi.
MARIANNE
Ah ! mon Dieu , il faut bien faire quelquefois des