‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 46 sur 247 · M. GAUCHER, FANCHETTE · texte numérisé non relu

M. GAUCHER, FANCHETTE

FAr^GHETTE, entrant derrière M. Gaucher.

Monsieu Gauchçr , puis-je entrer?

M. GAUCHER

Ah! c'est Faiïchette. Que me veux -tu, mon en* fant?

Monsieu Gaucher, comme monsieu lé comte est arrivé hier soir au château, et que j*ài queuque chose de pressé à lui dire que je n'ose pas lui dire, j'ai pensé que vous, qu'êtes notaire, et dont l'état est de vous charger des affaires des autres , vous pourriais ben lui parler pour moi , si ce n'est pas abuser de votre complaisance toutefois.

M. GAUCHER

De quoi s'agit-il ?

FAMHBTTE.

C'est que, voyais-vous, il y a deux ans que monsieu le comte , en passajat auprès de moi dans le parc ous que je faisais des herbes,, respect parlant, pour

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nos bestiaux^ i m'dit comme ça : « Fanchette, queul âgé qu't'as?» — «Seize ans, vienne la Saint-Martin, monseiipieur», que jli dis. X s'mit à rire comme i fait tMijours quand on l'appelle monseigneur, et i m'dit : ce Hé bien , dans deux ans , si f es ben sage , j'te ma-^ rierons. » — « C'est ben de la bonté qu' vous avais pour moi, monseigneur, que j'ii dis en faisant la révérence ; mais , d'ici à deux ans , vous pourrais ben l'oublier. » — a Non , non , qui m'dit. J'te chaire de me l'rappeler ; tu n'I'oublieras pas , toi. » — « Oh ! pour ça non, monseigneur, que j'ii dis. y> Il s'mit encore à rire, et puis is'en alla. V'ià où j'en suis. Comme il est possible que d'pis deux ans monsieu l'c^omte ait pensé à ben d'autres choses, moi, qui n'ai pensé qu'à ça , je n'sais pas comment li dire. S'il fut venu l'année dernière, j'étais encore un peu hardie; mais pus les fiUes deviennent grandes , pus elles deviennent honteuses pour parler de mariage. Avais-vous remarqué ça, monsieu Gaucher?

M. GAUCHEB.

Ta m'en paries pourtant.

tANGHËttE.

Mais vous, comme c'est vot'métiêr d'entendre parler d'ça, c'est ben différent.

M. GAUCHER

Et tu veux que je rapptsHe à monsieur le comte la promessç qu'il t'a &ite , apparemment ?

Oai, Monsieu Gaucher.

^CkKE I. 89

M. GAUCHER

Hé bien y je m'en charge.

FAKCHETTE.

Aujourd'hui ?

M. GAUCHER

Non j parce que nous avons à traiter ensemble des af&ires un peu plus importantes.

FANCHETTE

Gn'y a rien d'pus important qu'ça, monsieu Gaucher , parce que , si nous lantiponnons , monsieu Fcomte pourrait ben dire qu'nous avons laissé passer Ptarme , et il nous envarrait promener. Gn'y aura demain deux ans et un mois qui m'a dit c'que j'vous ai dit; par ainsi vous voyais ben qu'c'est échu.

M. GAUCHER

Laisse-moi faire. Ces choses-là , vois-tu , ont besoin d'être traitées avec ménagement. Monsieur le comte, dans ce moment-ci, a de l'humeur contre le village en général. Il sait qu'on lui coupe ses bois, qu'on lui vole des morceaux de terre, qu'on conduit des vaches dans ses prés; et il pourrait bien n'être pas très-disposé à remplir des engagemens comme ceux qu'il a pris avec toi. Je reviendrai ici plus d'une fois pendant son séjour , et je te réponds de ne pas t'oublier.

FANCHETTE

Vous dites ça ; mais si vous n'avais pus affaire ici , à coup sûr vous ne ferais pas deux lieues tout exprès pour moi. 5i vous étiais du village^ encore

passe; mais eune fois qu'vous s'raîs parti Non,

non, faut faire mon affaire avant tout. D'ailleurs, ce n'est pas moi qu'a rien pris à mojisieu le comte; et parce que les autres lui ont fait du tort, c'n'est pas une raison pour qu'i m'en fasse à moi.

M. GAUCHER

Tu es donc bien pressée d'être mariée ?

FANCHETTE

Pardine ! comme toutes les filles.

M. GAUCHER

Et pourquoi es-tu si pressée ?

FANCHETTE

Parce que je pourrai porter des cornettes garnies ,^ et que ma mère n's'ra pus là pour me gronder quand j 'parlerons aux uns ou aux autres.

M. GAUCHER

As'tu un amoureux au moins ?

FANCHETTE

Vraiment ! j'en ai ben pus d'un.

M. GAUCHER

Tu es assez gentille pour cela..

FANCHETTE

C'n'est pas que j'sommes gentille, c'est que j'ies écoutons tous. Tant qu'eune fille n'est pas mariée , n'faut pas qu'aile fasse la fière.

M. GAUCHER

Tu en as un dans le nombre auquel tu donnes la préférence ?

8GËIVË I. 9Î

FANCHETTE

J'crois q'c'est Laurent Moreau , parce qu'il n*a pus ni père ni mère, et qui m'semble qui n'sVait pas jaloux.

M. GAUCHER

Ah! ah!

FANCHETTE

Ecoutais donc , quand on se marie , c'est pour être autrement que quand on est fille. Je n' voulons pus être grondée d'abord.

M. GAUCHER

J'entends.

J'ferai mes conditions d'avance.

M. GAUCHER

Tu feras bien.

FANCHETTE

Sans adieu, Monsieu Gaucher. Si vous parlais comme il faut , c'est vous qui ferais not'acte.

M. GAUCHER

Bien obligé*

FANGHi^TTE va pour sortir^ et revient.

N'pa.rlais toujours pas dé Laurent Moreau à monsieu le comte, parce que, si je faisais d'autres réflexions Vous comprenais qu'i n'faut pas trop

s'presser quand on peut choisir.

(Elle sort.)

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