‹ Proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 81 sur 247 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

MADAME DE SERELLES.

Pour cgla, non.

MADAME SAlNT-RGMAiN.

Quelle raison pouvea-vous avoir?

MADAME DE SERELLEfl. ' ,

Mille. Recevoir chez moi une petite coquette qui viendra sans cesse poser son visage de vingt ans à côté du mien !

MADAME SAINT-ROMAIN

D'abor4 die en a vingt-deux. Dans Ëuit ans elle en aura trente, et vous'serez presque du même âge.

MADAME DE SERELLES.

Une jeune femme ne réussirait pas du tout dans ma société.

» ^ MADAME «AINT-ROMAIN.

Pour un joiir ou deux qu'elle passerait ici?

MADAME DE SERELLES.

Je vous aâSBrt que cela ferait lé plus mauvais effet du monde. (Test un autre ton*, de^ airs auxquels on n'est p^s accoutumé; elle-même s'y déplairait, j'en suis certaine.

MADAME SAINT-ROMAIN

Vous n'êtes pas coquette. Moi , daiis mon temps , j'aurais payé de ma vîe une occasion pareille. Lutter contre une belle-fille qui sç croit sans doute parfaite, et l'écraser par ma supériorité... Ah!

MADAME DE SERELLES, minaudaiit.

Mon règne est si paisible; mes sujets sont si sou-

164 LA REGOIVCILIATION.

mis : pourquoi leur donner le spectacle d'une rivalité qui peut avo jr ^es chances , quoi que vous %n disiez ? Et puis, je me suis prononcée: tout le monde connaît la résolution. que j'ai pris^"; changer tout d'un coup, sans rim^ ni raison, ce serait donner lieu à tant /le bavardJiges! Vous pensez bien que j'ai des envieux qui né njanqueraient pas de me taxer^de manquer de caractère.

MADAME SAINC-ROMAIN.

Mais tant ipieux. Est-ce , qu'une femme aimable doit avoir du caractère? Je n'çn^ai pas encore, moi^ pour qui cela n'aurait plus d'inconvénient..

MADAME* DE SERELLES.

Permettez-moi de ne pas vous céder. Le tableau d'un jeune ménage, dans toute la folie des premiers mois.' m'a toujours été une chose pénible

Je n'ai pas eu de premier mois, ma ^ chère dame. Je n'ai jamais vu monsieur de Serelles que comme vous le voyez aujourd'hui, froid^ gogiMpard, avantageux, se passionnant pour des'biUwesées, ,et ne mettant aucun pWx à conquérir un cœur*, qui pourtant avait bien son mérite.

MADAME SAINT-ROMAIN

S'il n'y avait que des maris dans le monde, on ne serait jamais appréciée.

MADAME DE SERELLES.

C'est ce que j'ai pensé bien souvent.

MADAME SAINT-ROMAIN

Mais changeons de conversation. Je m'aperçois

que celle-ci vous attriste. Vos yçux n'ont plus le même éclat.

MADÀM£ DE SERËLLES , prenant im visage gracieux.

Et à présent ? •

MADAME SAINT-ROMAIN. '

A la bonneoheure.

- MADAME DE SERËLLES.'

Excellente amie* ! • Permettee 'que je tdns embrasse.

MADAME SAINT-ROMAIN , se 'défendant légèrement.

Non. Vous nte mainez pas.

mXdame de serélles. * Pouvez-vous le croire?

madame sXint-romain.

Vous me refusez la sAile grâce que'j'aurai j^^mais à vous (Temander.

MADAMp D^SEFTELLES.

Vous connaissez' donc beaucoup ma belle-fille , pour y prendre unântéiet si vîf ?

MADAME SAINT-ROMAIN

Sans doute, je la connais beaucoup, puisque c'est elle que j'attends aujourd'hui.

MADAME DE SERELLES.

Madame Saint-Romain !

MADAME SAINT-KOMAIN.

Ne donnez donc pas cette expression à vos traits.

idd lu A RECONCILIATION.

MADAME DE 8ERELLES.

Mais c'est que je suis dans un étonnement.../.

MADAME SATl^T-ROMAIN.

Est-ce une raison pour se défigurer? Oui, j'attends madame Saint-B£)main , votre belle-fille , et c'est moi qui lui ai mandé de venir. Votre fils \a vous la présenter; et si j'ai mal lu dans votre cœur, si je me suis trompée en vous croyant la pUi^ tendre des mères, je suis la seule 'coupable, et' 'c'est moi qu'il faut punir.

MADAME De'sERELLES.

Vous me mettez dans un embarras" extrême.

MADAME SAINT-ROMAIN

Dan$ un embarras qtîi vous sied à ravir au surplus, et je ne vous ai J4imai» vu^ aussi belle.

MADA!^ DE ^EREIXES.

Vous ne savez pas si monsieur de Serelles y consentira. « •• t

MADAME «SAir^-^OH^IN.

C'est un mari; que vous^impoi;te sen consentement? Je ne vois que vpus;. c'est vous seule que je veux rendre heureuse.

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