SCÈNE IV
MOnSIEUR et HfADAME OORSAN.
MADAME D0RSAI7.
Vous voyez, mon ami, que je me soumets à la règle que vous avez établie^
M. DORSAIV.
Vous êtes si soumise !
MADAME DORSAN
Vous me réduisez à la nécessité de vous demander des audiences; je ne .vous vois plus! Vous dînez tous les jours pn ville ; vous vous couchez en rentrant ;. vous vous levez fort tard
M. DORSAN
Qu'avez-vous à me dire?
MADAME DORSAIV. «
Je venais vous rappeler qiie nous allons ce soir au bal.
9 M. DORSAN
Au bal ! '
184 L'HOHME CAPABLE.
MADAME DOBSAN.
Chez monsieui' de Merilly.
M. BORSAlf.
Vous plaisantez sans jdoute ?
MADAME DORSAN
Pourquoi me dites- vous cela?
M. DORSAN
D'abord, un hpmme dans ma positiion ne doit pas se montrer au bal.
MADAME DOBSAlf.
Un homme dans votre position , au contiairey peut se montrer partout. Il serait plaisaiit qu'on n'obtînt des places que pour se cacher.
) M. DORSAN
Et quant à Merilly, vous savez comme il se conduit avec moi.
MADAME DORSAN
Voiiis lui trouvez des torts ; à mon avis , c'est vous qui en avez avec lui. Entre deux 'amis, c'est à celui qui s'élève à Taire la première visite.
M. DORSAN
Voilà une étiquette que je ne connaissaisj)as.
MADAME DORSAN
Le bon goût l'indique.
• M. DORSAN
Je ne» croyais pas monsieur de Merilly aussi susceptiblfe.
MAIUMK DOHSAN.
C'est vous qin Fêtes en refusanlU'âff^ chez lui.
M. DORSAN
Ainsi 9 le premier soin d'un IjLomme àcjui le gouvernement confie une administration aussi importante que celle dont je suis chargé, serait d'aller perdre soti temps auprès de toutes les personnes qui se prétendent ses amis?
MADAME DORSAK.
Le premier soin d'un homme qui obtient une place est de penser au moment où il la perdra. Je ne nie laisse point éblouir ; je sais comme tout cela est fragile, et je serais très-fachée de vous voir rompre avec tout le monde parce que vous avez changé de position^
M. DORSAW.
Vous n'espérez pas me tracer un plan dôfCQnchiite ?
MADAME DORSAW.» * *
Non , mais réformer celui que vous vous êtçs fait.
M. DORSAN
Et c'est par un bal que vous voulez commencer
cette réforme? • . ^ , «*
» MADAME DORSAn.
C'est par.un bal. ' * ' . .
Je cf^is que vous échouerez.
lu
* MADAME DORSAN
Peut-être.
M. DORSAIf.
Vous savez tjii^ j'^ai du caractère.
MADAME DORSAN
Beaucoup; mais je sais aussi que vous avez im bon caractère, et que les honneurs ne vous ont point encore tellement changé que je ne puisse trouver moyen de vous^ fléchir.
M. DOBSAN.
Quand j'ai arrêté quelque chose
MADAME DORSAN
Vous n'avez jpas encore arrêté celle-là, mon ami. Quoi que j'en dise, j'ai bien aussi mon petit coin de vanité, et je vous avouerai naïvement que j'aimerais à me présenter avpc vous au milieu d'une société notubreuse, et à jouir de votre triomphe.
M. DORSAN
fi '
Est-<îe que Merilly m'aurait préparé une Éête ?
MADAME DORSAN
Non : il a trop bon goût pour'celaj maïs tm homme en pla^e; qae l'on saijt obligeant, est toujours«i bien reçu,! A vôtre nom tous les yeux se fixeront sur vous; on vous saura gré -de quitter un tnstant de graves occupations pcnir^vous trouver aii milievi de vos ami^. VouS croyez bien que h^aUtbup de personnes se seront fait; invi^jer dans l'espoir de vous renopptrer. Pendant que les tommes chercheront tous les moyens de^^Dus approcher, leivs femmes,, leurs parentes, leurs amies, s'établiront auprès de