II
tice qui lui est due (lui rendant le cahier), dites -moi, lie pourriez-vous pas le faire autrement ?
M. TIMORÉ, iffonoë.
Autrement !
M. DORSAN
Oui. C'est cela, et pourtant ce n'est pas cela. Je ne sais si je pourrai me faire comprendre.
M. TIMORÉ
Monsieur...
M. DORSAlï.
Je suis un administrateur comme vous n'en avez pas vu beaucoup» J'ai une grande rigidité de caractère et une extrême bonté dans l'esprit , c'est-à-dire qu'inflexible pour les choses, je tâche autant que possible de ne pas froisser les personnes. Vous entendez. Réformer les abus de quelque nature qu'ils soient, porter mes regards sur tous les détails de mon administration , c'est mon devoir, et je le remplirai. Rien ne me sera inconnu, rien ne se fera que par mes ordres, et je serai de la dernière rigueur pour la moindre infraction. Mais vous-même ne seriez-vous pas le premier à me blâmer si j'abjurais toute commisération à l'égard de malheureux pères de famille dont le sort m'est confié ?
M. TIMORÉ
Il n'y a pas un père de famille dans tous les commis que vous supprimez.
M. DORSAK.
Vous n'en savez rien.
êCEfŒ VI. ÎM
M. TIMORé.
Vous avez eu cependant la bonté d'approuver ce que j'avais fait.
H « DORSAlf.
Je l'approuve encore. Mais je vous répète : c'est cela j et ce n'est pas cela. C'est cela pour les choses ; et je ne puis pas dire, c'est cela pour les personnes. Voyez. Faites une refonte ; prenez un terme moyen ; mais pas de proscription en masse.
M. TIMORÉ
Si je savais...
Vous en savez plus qu'il ne faut.
M. TIMORÉ
Je crains...
M. DORSAN
Vous avez tort.
M. TIMORÉ
Je désirerais que monsieur^ voulût bien me dire...
M. nORSAN.
Mais je ne fais que cela.
M. TIMORÉ
Vous voulez donc conserver tout le monde ?
M. DORSA]^.
Vous tombez d'un extrême dans un autre.
M. TIMORÉ
Cest qu'il est difficile....
lae L'HOBUHE CAPABLE.
M. DORSAN
Combien y a-t-il de temps que cette^administration existe comme elle est?
M. TIMORÉ
Douze ans.
Comme elle est?
M. TIMORÉ
Sans aucun changement.
M. DORSAN
Vous voyez donc bien qu'elle n*est pas si mal organisée.
M. TIMORÉ
Je ne m'en suis jamais plaint.
M. DORSÂN.
Voilà où je voulais en venir. Vous ne devez plus être embarrassé , je pense. C'est qu'il serait si pénible de se tromper en voulant faire mieux. Le public à présent se mêle de tout ; et vingt-neuf mécontens qui iraient clabauder, eux et leur famille , dans tous les coins de Paris, cela ferait le plus mauvais effet du monde. C'est à quoi il faut réfléchir. Comprenez-vQus?
M. TIMORE , toujours dans l'etonnement.
Oui, monsieur.
M. DORSAN
Vous pouvez me faire un rapport plus succinct que celui que je vous rends, où vous ne comprendrez que les abus matériels, palpables, qu'il est impossible de tolérer.
SGENE VU. I»7
M. TIMORÉ
Mais des commis que l'on paie , et qui ne font rie» , sont pourtant une espèce d'abus.
M. DORSAIf.
J'en conviens; mais cet abus n'est pas spécial à cette administration-ci ; il existe partout où il y a des commis. Il faut donc chercher à l'extirper presque insensiblement, au lieu de trancher dans le vif comme vous vouliez faire. Il me semble que je ne puis pas mieux m'expliquer. Je ne sais à qui voi^s avez eu affaire avant moi , si vous ne pouvez pas me comprendre.
M. TIMORÉ
Je vais essayer une nouvelle rédaction.
M. DORSAiy, le reconduisant..
Vous vous en tirerez le mieux du monde. Il ne faut pas s'effrayer comme vous faites. Mais surtout rappelez-vous bien ma distinction des hommes et des choses. Beaucoup de circonspection et un grand laisser-aller. Voilà mes deux points.
M. TIMORÉ
Je verrai.
( Il sort. )