SCENE VII
M. MONDOK.
Vous n'avez pas cFenfant?
THOMAS
Hélas! pas encore, mon*voisin.
m: mondok.
S'il vous en venait pourtihit...
• THOltAS,
C'cfet tout c'que nous désirons.
IVk MONDOR.
, II. faudrait 'les nourrir.
THOMAS
C'est Margot qui les nourrira.
M. MONDOR
J'entends bien; mais- quand ils grandiront...
THOMAS
Nous leux y donnerons d'nbt' part, et puis après ils feront comme nous , ils en gagneront.
M. MONDOR
Maïs s'il vous en venait beaucoup ?
THOM*AS
Oh ! dame , mon voisin , vous autres grands vous comptez sur la fortune ; nous autres nous comptons sur la Providence.
M- MONDOR
Je jurerais que vous faites bon ménage.
THOMAS
Gn'y a pas de vérité plus vraie qu'ça , monsiedJr; mais ça s'rait ben impossible autrement avec la p'tite
«228 LE SAVETUSR ET LE FliVAIVCIEK.
femme que j'ai. C'est vraiment une trouvaille que j'ai faite. C'est sage , c'est gai , c'est un mouvement perpétuel. Avec ça, aile m'aime! faut le voir pour le croire. Queuqu'un qui lui, dirait qu'son Thomas n'est pas le meilleur homme du monde, j 'crois ben qu'elle lui arracherait.les yeux , maugré que ce soit un petit mouton ; mais c'est qu'aile est tarriblemait férue de moi. Oh! i'I'aime ben aussi.
M. MOTWOR.
Je l'ai aperçue quelquefois j elle est jolie.
THOMAS
C'est beaucoup d'honneur ^ue vous me faites; mais ma voisiné est aussi une superbe femme. J'ia vois souvent monter en voiture. Allp a un p'tit pied qu'est pas pus long qu'ça. Ça n'doit pas coûter beaucoup à chausser.
M. MONobR , riant.
Non , non.
THOMAS
Margot c'est^tout d'même.
M. MONDOR
Mon voisin , vous doutez- vous de la raison qui m'a fait désirer de vous voir ?
THOMAS, a veo. inquiétude.
Non , monsieur mon voisin. ^
M. MONDOR
Je trouve que vous chantez admirablement; mais seulement vous commencez de trop bonne heure. Je me couche fort tard , moi , souvent même à l'heure où vous vous levez. Vous concevez que , quelque
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goût que Ton ait pour la musique , quand on est bien las, bien fatigué , qu'on a eu du monde toute la nuit , et cela pour plairç à sa femmç , uq bon sommeil vaut mieux que la plus belle voix possible. Je vous en fais juge.
THOMAS
Parbleu ! mon voisin , vous avez ben raison ; et si je m'étais douté de ce que vous me dites , je n'chanterais plus depuis long-temps. Moi, au contraire^ quand j'suis couché el; que j'entends le bruit des voitures qui vont chez vous, je m'dis : On s'amusQ ce soir chez monsieur Mondor. Eh J>en ! ça m'iFait plaisir, et je n'en dors que mieux.
M. MONDOR
Ah ! mon ami , quelle différence entre nous deux ! Vous n'avez pas comme moi la tête bourrelée de mille inquiétudes , de spéculations hasardées , de tracasseries de toute espèce , de détails de maison sans nom*, bre. Quand vous avez passé toute votre journée à travailler, vous n'êtes pas condamné à faire vtne partie de la nuit les honneurs de chez vous à une^ foule de gens que vous ne connaissez seulement pas^ et qui vous font partager l'ennui dont ils sont obsédés ; vous ne craignez pas d'être attaqué sans cesse dans votre réputation , dans votre honneur , de voir ruiner votre crédit par des sots qui n'ont aucun mérite. Vous vous endormez auprès de votre fènime en attendant tranquillement un lendemain qui me fait souvent frémir.
THOMAS
Mon voisin, je ne chanterai plus.
M. MONDOR
Mon ami , je n'exigerai pas de vous un pareil sacrifice. Votre gaieté est tout ce que vous possédez ; je ne veux pas vous l'ôter.
THOMAS
Mon voisin , vous ne m'ôterez rien du tout. La plupart du temps , je chante sans seulement y penser.
M. MONDOR
Vous ne m'entendez pas ; je veux que vous chanlies^.
THOMAS
Non, mon voisin.
» M. MONDOR
Vous allez me donner de l'humeur.
THOMAS
Eh ben, mon voisin, je chanterai; mais je chanterai tout bas.
M, MONDOR
Non , non , cent fois non. Je veux que vous chantiez comme vous chantiez , mais seulement plus tard.
THOMAS
Je chanterai plus tard.
M. MONDOR
Et comme assurément cela vous coulera, surtout dans les commencemens , je veux vous dédommager de cette preuve d'amitié que vous me donnerez.
• THOMAS
Monsieur, vous êtes trop honnête. Vous ne me
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d'vez rien. Je suis trop heureux dç pouvoir faire queuque chose pour vous... .«Je vous salue ben.
( Il var pour sortir. ) '
M. MONDOR
Non pas, non pas; restez encore, (iisonae; undonestiquc paniL) Demandez à la caisse cent écus que vous m'ap-
porterez. ( L« domestique sort. )
THOMAS
Cent écus! Ah! mon Dieu, cent écus! Monsieur, jVous demande pardon , mais je n'puis pas prendre une pareille somme. Cent écus pour n'pas dianter ! Monsieur, vous vousmdquez.
M. MOIf DOR f au domestique , qui revient avec un sac.
Donnez cet argent à monsieur Thomas. (l« domestique
doooe l'argent ^Thomas^ qui le refuse. Le domestique insiste, et finit par le lui fourrer
dans sa veste.) (A Thomas.) Allcz, mou ami, jc suis cnchauté d'avoir fait la connaissance d'un brave homme tel que vous.
THOMAS
Monsieur, je n*sais que vous dire. Je n'ai jamais été plus embarrassé.
M. MONDOR
Adieu , mon ami. Chargez votre femme de dépenser cet argent, elle ne sera pas aussi embarrassée que vous. (Thomas sort.) Jc puis aller me reposer : à coup sûr, il ne chantera pas aujourd'hui.
SSa Ii£ SAVETIER ET LE FINAlVCIER.
sg|:ne VIII.
(Chez le savetier. )
MARGOr, seule d'abord, et un p«u après IHOIllAS.
MARGOT
Il ne revient pas. Ça commence à dVenir long. Voilà plus d'une demi-heure qu'il est dehors. Que peut-il faire chez ce monsieur Mondor? Plus j'y pense, et plus ce qu'il m'a dit tantôt sur les gens riches me donne d'inquiétude... Ne l'entends-je pas?(Eiieseièveet^a regarder k la porte.) Nou ; je me trompais. Ah! mon Dieu, pourvu qu'il ne soit pas arrivé de malheur à mon pauvre Thomas! Il m'avait r'commandé de l'aller chercher s'il restait trop long-temps.... Je n'ose pas.... On se moquerait de moi.... et p't-être ben d'iui.... Cependant, s'il tarde trop, ma fine! gn'y aura pas de honte qui tienne. (Avec un accent marqua. )]Vrfaut mon homme d'abord. (Apercevant Thomas.) Ëufin , le v'ià ! Mou pauvre Thomas , que tu m'as baillé de tintouin ! Comme t'es pâle! T'es pas malade? Parle donc, Thomas, il ne t'est rien arrivé ?
Que veux-tu qui m'soit arrivé ?
MARGOT
C'est qu't'as l'air d'un déterré , mon fils.
THOMAS
J'ai mal à la tête.