‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 125 sur 249 · EDMOND, JULIEN · texte numérisé non relu

EDMOND, JULIEN

JULIE»

Mon oncle , je suis désolé; ma mère vient de m'apprend re qu'on avait l'intention de m'envoyer à Paris pour faire mon droit.

EDMOND, riaot.

Ton droit! Tes parens sont à mourir de rire. Et qu'as-tu répondu à cela?

SGEIVE lY. 2^5

JULIEN

Que vouliez-vous que je répondisse ?

EDMOND

A dix-huit ans on est bien embarrassé , ce me semble. On veut donc faire de toi un avocat ?

JULIEN

Je ne crois pas, mon oncle.

EDMOND

N'en fais pas fi ; le métier d'avocat est aujourd'hui un fort bon métier.

JULIEN

Je puis répondre que ce ne sera jamais le mien.

EDMOND

Si ton père le voulait absolument?

JULIEN

Je lui dirais que cela m'est impossible.

Pourquoi impossible ? Tu ferais comme les autres. On cherche dans des paperasses de quoi bavarder cinq ou six heurefs à une audience; quand on s'est fourré dans la tête quelques phrases banales qui vont taïit bien que mal à l'affaire dont an est chargé , on les coud ensemble comme on peut, tout en déjeûnant; puis on part pour le Palais. Votre confrère adverse , qui a fait le même travail de son coté, ne manque pas de vous rendre phrases pour phrases; les juges décident; et l'on revient dîner chacun chez soi, quelquefois même tous ensemble. Qu'y a-t-il donc là de si effrayant ? '

2iS4 L'ESPRIT DE DÉSORDRE.

JULIEN

Mon père voit pourtant de la gloire là-dedans.

EDMOND

Il y en a quand on veut. Car si vous éteis maudit par ceux que vous faites perdre , vous êtes préconisé par ceux que le hasard fait gagner; les uns et les autres étant obligés de vous payer, votre amourpropre reste intact , et il ne tient qu'à vous de vous croire un grand homme.

JULIEN

Comn[ie vous rédui^z tout à sa juste valeur ! Mais quel parti me con^eilleriez-vous de prendre ?

EDMOND

Aucun.

JtfLIEN.

Il faut cependant qu'un homme fasse quelque chose.

Rien.

JULIEN

Si je veux me distinguer?

EDMOND

Tu auras de la fortune , tu en feras un noble usage ; il n'y a rien de si distingué que cela. On a voulu aussi faire de moi un diplomate. La diplomatie était de mon temps ce qu'est le droit aujourd'hui ; on ne connaissait que cela pour les jeunes gens. £h bien y je n'ai pas été diplomate ^ et me voilà.

Si mon père m'eût parlé de diplomatie, encore!

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