SCENE IV
EDMOND
Cela ne te -conviendrait pas davantage. Tu as trop de bonne foi et de droiture pour être jamais diplo* mate. Je te demande un peu comme tu serais bien avancé quand il te faudrait dissimuler depuis le matin jusqu'au soir sur des vétilles , et ne rien dire qui' ne te fût soufflé. Avec un peu d'esprit, tu sentirais bientôt le vide de ce qu'on appelle la science des diplomates , qui n'est autre chose que l'art de prolonger les. difficultés. Crois-moi, mon enfant, ne te laisse pas séduire parles grands mots : la diplomatie, le droit ^ tout ce que tu voudras , ne sont que des bluettes qui ne méritent pas l'attention d*un galant homme.
JUUEN.
Je conçois cela pour voi^^^ qui ave?; asse?^ d'esprit pour ne pas être occupé ; mais moi ?
EDMOND
C*est encore une erreur. J'ai toujours été fort occupé; j'avais du bien, je l'ai vendu; j'ai voyagé^ j'ai poli mes manières , j'ai secoué la poussière d'une éducation mesquine pour m'en faire une plus conforme à un homme du monde; j'ai donné des fêtes; j'ai mené ce qu'on appelle une grande existence.. Cela vaut bien, à mon avis, la peine que l'on sedonne pour acquérir la stérile faconde d'un avocat ou l'importance calculée d'un diplomate.
JULIE»
Les pères n'entendent pas cela,
EDMOND
Aucun ; c'est singulier.
JULIEN
Ne pourriez-vous pas rendre le mien plus raisonnable ?
EDMOND
Il ne veut pas que je te dirige.
JULIEN
Il vous l'a dit ?
EDMONDi
Très-formellement.
JULIEN
Vous m'étonnez.
EDMOND. '
Ton père est un brave homme ; mais il a toujours péché par l'imaginatio^ Il n'est pas capable de comprendre ce qui sort de la routine. Il s'est marié, il a eu des enfans, il a pris soin de sa fortune; il marie ta sœur, il te fait faire ton droit en attendant qu'il te marie aussi; c'est une marche toute tracée. Il doit croire qu'il n'y s^ rien au-delà. Pourquoi soupires-tu ?
JULIEN
Ah! mon oncle, c'est que je ne suis pas trop opposé au mariage.
EDMOND
Tu es bien jeune.
JULIEN
Si VOUS saviez la personne dont il s'agit !
EDMOND
Quelle est-elle?