‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 144 sur 249 · M. 90AVAL · texte numérisé non relu

M. 90AVAL

Il grossira ce qu'il voudra ; mais je ne veux pas le garder toute sa vie à ne rieik faire.

EDMOND

Voilà de mes gens raisonnables, qui font prenjdre une profession à leurs enfans comme on leur fait prendre un habit. La mode est aux avocats ; on ne peut en faire que des avocats, sans consulter leur vocation , seulement pour s'en débarrasser.

M. J)OAVAL.

Si c'est ainsi que vous parlez à mes eiifens, il est clair qu'ils doivent se conduire comme ils le font.

SeSNE XV. tM

IDMOND.

Je ne leur parle pas; je les étudie. le shû naturel avec eux y ils ont confiance en moi, et je les connais mieux que vous ne les connaissez.

M. DORVAL

Julien vous a-t-î! dit au moins ce qu^ voulait Éaire?

EDMOND

Julien est très^raisonnablé ; il veut se marier.

M. DORYAL.

Ah ! juste ciel ! se marier, à dix-huit ans! Et avec qui ? bon Dieu !

EDMOND

Son choix est parfait ; c'est avec mademoiselle de Terville.

; : M. DQBVAL..

De mieux en mieux !

EDMOND

Que trouveat-vous à redire à cela ?

M. DORVAL

Rien.

EDMOND

Pardonnez-moi.

M. DORVAL

Je rends justice à la raison de mon fils.

EDMOND

Je sais que la mère} de cette demoiselle n'a pas trouvé grâce aux yeux de mad^m^ Dorv^l ; que la différence entre ces deux dames est immense ; mais comme moi-même je partage cette disgi^ace, et que

28e L'ESPaiT DE BÉSORBRE.

je n'ai que médiocrement Tavantage de plaire à ma trè&-honorée belle-sœur, je ne puis ,. en bonne conscience, donner tous les torts à madame de Terville.

Et vous approuvez complètement le choix de Julien ?

EDMOND

Complètement.

M. DORVAL

Alors je suis un père barbare; car, à coup sur, je n'y donnerai jamais les mains.

EDMOND

Sans autre raison que cela?

M. DORVAL

Vous ne connaissez pas madame de Terville , mon cher ami.

EDMOND

Je la connais si peu que je l'épouse.

M. DORVAL

Je n'ai plus rien à dire.

EDMOND

Vous devez être enchanté, puisque je quitterai votre maison, où je suis si à charge à madame Dorval, où je mets tout sens dessus dessous, où je pervertis vos enfgins.

M. DORVAL

Mais où irez- vous ?

EDMOND

Chez ma femme.

flCXNE %V^ 287

M. DOR'VUkL.

£Ue n'a plus rien.

EDMOND

Je sai$ à quoi m'en tenir. Dieu merti y je ne donne pàç dans l'exagération, et je distingue à merveille ce que l'envie suggère à certaines gens. On n'a pas les avantages de madame de Terville sans porter ombrage à quelqu'un; alors la noblesse de ses manières est du désordre; c'est une femme sans aucun mérite, parce qu'elle s'entend mieux à faire les honneurs d'un salon qu'à surveiller les détails importans d'une bassecour ; c'est touf simple. Mais enfin le ciel a permis qu'il y eût encore des hommes qui préférassent la société d'une femme d'esprit aux talens d'une femme de ménage. C'est fort heureux pour madame de Terville.

M. DORVAL

Très-bien , mon frère. Je souhaite que vous pensiez toujours de même.

EDMOND

Et vous me refusez encore Julien que je vous demande à présent pour ma belle-fille ?

H. DORVAL

Oui, mon fi'ère.

EDMOND

Sans doute vous appelez cela de l'esprit de famille. Vous n'aimez rien, mon frère; votre fempie vous a desséché le cœur.

Vous ne voulez pas entendre...

288 L'ESPRIT BE 1MË80RBRE.

BDMOHD.

Quoi ? la satire d'une femme qu^ je dois épouser.

M. DORTAL.

Il est encore temps pour vous d'ouvrir les yeux.

EDMOND

Le mal que vous m'en diriez me la ferait chérir davantage. Je pars demain pour Paris; et, si vous me revoyez, ce ne sera que marié.

M. DpRVAI..

C'est le complément de votre ruine.

BDMONB. •

J'aime les choses complètes.

M. DORVAL

Alors a'ye&en la satisfaction.

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