M. 90AVAL
Il grossira ce qu'il voudra ; mais je ne veux pas le garder toute sa vie à ne rieik faire.
EDMOND
Voilà de mes gens raisonnables, qui font prenjdre une profession à leurs enfans comme on leur fait prendre un habit. La mode est aux avocats ; on ne peut en faire que des avocats, sans consulter leur vocation , seulement pour s'en débarrasser.
M. J)OAVAL.
Si c'est ainsi que vous parlez à mes eiifens, il est clair qu'ils doivent se conduire comme ils le font.
SeSNE XV. tM
IDMOND.
Je ne leur parle pas; je les étudie. le shû naturel avec eux y ils ont confiance en moi, et je les connais mieux que vous ne les connaissez.
M. DORVAL
Julien vous a-t-î! dit au moins ce qu^ voulait Éaire?
EDMOND
Julien est très^raisonnablé ; il veut se marier.
M. DORYAL.
Ah ! juste ciel ! se marier, à dix-huit ans! Et avec qui ? bon Dieu !
EDMOND
Son choix est parfait ; c'est avec mademoiselle de Terville.
; : M. DQBVAL..
De mieux en mieux !
EDMOND
Que trouveat-vous à redire à cela ?
M. DORVAL
Rien.
EDMOND
Pardonnez-moi.
M. DORVAL
Je rends justice à la raison de mon fils.
EDMOND
Je sais que la mère} de cette demoiselle n'a pas trouvé grâce aux yeux de mad^m^ Dorv^l ; que la différence entre ces deux dames est immense ; mais comme moi-même je partage cette disgi^ace, et que
28e L'ESPaiT DE BÉSORBRE.
je n'ai que médiocrement Tavantage de plaire à ma trè&-honorée belle-sœur, je ne puis ,. en bonne conscience, donner tous les torts à madame de Terville.
Et vous approuvez complètement le choix de Julien ?
EDMOND
Complètement.
M. DORVAL
Alors je suis un père barbare; car, à coup sur, je n'y donnerai jamais les mains.
EDMOND
Sans autre raison que cela?
M. DORVAL
Vous ne connaissez pas madame de Terville , mon cher ami.
EDMOND
Je la connais si peu que je l'épouse.
M. DORVAL
Je n'ai plus rien à dire.
EDMOND
Vous devez être enchanté, puisque je quitterai votre maison, où je suis si à charge à madame Dorval, où je mets tout sens dessus dessous, où je pervertis vos enfgins.
M. DORVAL
Mais où irez- vous ?
EDMOND
Chez ma femme.
flCXNE %V^ 287
M. DOR'VUkL.
£Ue n'a plus rien.
EDMOND
Je sai$ à quoi m'en tenir. Dieu merti y je ne donne pàç dans l'exagération, et je distingue à merveille ce que l'envie suggère à certaines gens. On n'a pas les avantages de madame de Terville sans porter ombrage à quelqu'un; alors la noblesse de ses manières est du désordre; c'est une femme sans aucun mérite, parce qu'elle s'entend mieux à faire les honneurs d'un salon qu'à surveiller les détails importans d'une bassecour ; c'est touf simple. Mais enfin le ciel a permis qu'il y eût encore des hommes qui préférassent la société d'une femme d'esprit aux talens d'une femme de ménage. C'est fort heureux pour madame de Terville.
M. DORVAL
Très-bien , mon frère. Je souhaite que vous pensiez toujours de même.
EDMOND
Et vous me refusez encore Julien que je vous demande à présent pour ma belle-fille ?
H. DORVAL
Oui, mon fi'ère.
EDMOND
Sans doute vous appelez cela de l'esprit de famille. Vous n'aimez rien, mon frère; votre fempie vous a desséché le cœur.
Vous ne voulez pas entendre...
288 L'ESPRIT BE 1MË80RBRE.
BDMOHD.
Quoi ? la satire d'une femme qu^ je dois épouser.
M. DORTAL.
Il est encore temps pour vous d'ouvrir les yeux.
EDMOND
Le mal que vous m'en diriez me la ferait chérir davantage. Je pars demain pour Paris; et, si vous me revoyez, ce ne sera que marié.
M. DpRVAI..
C'est le complément de votre ruine.
BDMONB. •
J'aime les choses complètes.
M. DORVAL
Alors a'ye&en la satisfaction.