‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 157 sur 249 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

MONSIEUR et MADAME OE VERNÂNT.

MADAME DE YERNANT.

Est-on plus piquante que cette femme-là? Vous avez voulu prendre son mari pour votre prôneur ; je n'en ai jamais auguré rien de bon. Pourvu que leurs principes triomphent, ils ne voient rien au-delà. Il fallait faire nos affaires nous-mêmes , venir ici il y a trois mois, y louer une maison, et annoncer hautement ce que nous voulions.

M. DE VERNANT.

Je vous l'avais proposé, vous avez été d'un avis contraire.

MADAME DÉ VERNANT.

Il ne fallait pas m'écouter. Ces gens-là nous ont £ait tomber dans un piège.

M. DE VERNANT.

Si vous dissiez vu ce pauvre Lurcy , vous ne diriez pas cela.

MADAME DE VERNANT.

Grimace. Il s'entendait avec le Bignardin. Eh bien, quelle résolution prenez-vous ? Est-ce que vous allez rester comme cela? Pourquoi n'avoir pas été à ce collège ?

M. DE VERNANT.

Il est de trop bonne heure encore; d'ailleurs, qu'y

ferai-je, à présent que les royalistes ont arrêté leur choix?

MADAME DE VERNANT.

Est-ce qu'il n'y a que des royalistes dans le monde ? Allez voir, le préfet ; j'irai chez sa femme ; nous leur devons bien une visite. lyici à deux heures que ce collège doit s'assembler, vous pouvez vous rappeler au souvenir de bien des gens qui seront flattés de cette démarche. Si vous laissez encore faire votre ami de Lurcy, il finira par vous perdre entièrement.

M. DE VERNANT.

Vous voulez donc que je me fasse ministériel ?

MADAME DE VERNANT.

Je veux que vous vous fassiez député. A quoi bon affecter des éloignemens qui ne riment à rien? Aurez-vous écrit sur le front le nom du parti qui vous aura porté, et devez-vous baisser pavillon de-* vant le succès éphémère d'un monsieur Bignardin? Déjouez une misérable intrigue, et laissez là cette inflexibilité de principes qui est bonne comme moyen, mais voilà tout. Présentez- vous partout où vous croyez pouvoir obtenir des voix.* Les Lurcy et les Bignardin n'enchafnent peut-être pas tous les suffrages.

M. DE VERNANT.

Je crains bien que nous ne prenions une peine inutile.

MADAME DE VERNANT.

Voilà un homme qui voudrait être député, et qui craint seulement la peine qu'il faudrait prendre

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pour le devenir. Les femmes ont cent fois plus de courage. C'était donc en restant tranquille que vous vouliez opérer les belles réformes dont vous nous berciez ?

M. DE VERNANT.

Si je m'adresse une fois au préfet, je crains de perdre mon indépendance.

MADAME DE VERNANT.

Vous serez indépendant comme lui, comme tous les gens qui participent au pouvoir ; c'esl-à-dire que vous ne discuterez pas les ordres que l'on vous donnera, afin de ne pas encourir de reproches. C'est là la véritable indépendance.

M. DE VERNANT.

Allons , allons , je vais faire quelques visites.

MADAME DE VERNANT.

Je ne vous recommande point de ne pas faire étalage d'opinions trop prononcées ; il faut écouter les gens , dire à peu près comme eux , désirer que les choses s'arrangent sans secousse, parce que c'est le mot d'ordre de ce parti-là; se confier au temps, qui remet insensiblement tout à sa place ; enfin , rappele^vous monsieur Sureau , dont nous nous moquions si bien, et parlez comme lui.

M. DE VERNANT.

Je tâcherai.

(Il sort.)

3f4 LES ELECTIONS.

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