SCENE XL
MONSIEUR et MADAME DE LURCY, AUGUSTINE, M. BIGNÂROIK.
M. DE LI3RCY.
Monsieur Bignardin!
M. BIGNAiRDir^.
Eh, mon Dieu, oui; bien confus de ce qui vient d'arriver. Mademoiselle Augustine, est-ce que vos chers parens ne sont point ici? Je venais m*expliquer avec monsieur de Vernant sur notre malheureuse rivalité. Si j'avais su plus tôt.... Je suis persuadé qu'il me croit l'homme du monde le plus coupable.
AUGUSTINE
Mon oncle, monsieur, rend justice à votre loyauté.
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M. BIGNiRDIN.
J'ai été chez vous il y a quelques Jours; on ne m^a parlé de rien. Comme je sais que monsieur votre oncle a des goûts sédentaires, je croyais que les .cabales et les commérages inséparables d'une élection ne l'intéresseraient pas beaucoup , et je n'ai rien fdk qui eût rapport à cela.
MADAME DE LURCY.
Je puis être caution de la retenue de monsieur Bignardin; car nous-mêmes, qui aurions eu tant de plaisir à partager ses espérances , nous n'avons pas été plus instruits que vbtre famille.
M. BIGNARDIN.
J'ai. eu tant de peine à me déterminer; j'ai corn* battu si long-temp^ ! Je suis si heureux , si tranquille ! On n'assume pas sur sa tête une responsabilité aussi grande sans y faire attention.
MADAME DE LURCY.
Bast! bast! la plupart de nos députés ne se doutent pas qu'ils soient responsables.
M. DE LU,RCY.
Tant pis pour ceux-là.
M. BlGNARDJjy. . •
Ce cher monsieur de Lurcy, il ne transige jamais.. Dites-moi donc pourquoi vous ne m'aviez pas averti que vous portiez monsieur de Vernant ? Personne ne rend plus que moi justice à ses connaissances ^ et je ne lui reprocherais que de ne pas savoir les appliquer. Il voit le monde trop en beau.
AUGUSTINE
Ce n'est pas faute d'exemples.
M. BIGNABDIN.
Et cependant j'ai uge telle opinion de sa capacité, que, si je le pouvais, je lui transporterais volontiers f honorable fardeau dont on s'obstine à vouloir m'accabler.
AUGUSTINE , avec ironie.
Vous ne le pourriez pas.
M. BIGNABDIN.
Non, sans doute, et voilà ce qui m'afflige. Quand des électeurs s'assemblent et se promettent de réunir tous leurs vœux sur celui des candidats qui obtiendra le plus de suffrages, tout ce qui dérangerait ce traité serait un tort inexcusable.
AUGUSTINE
La probité , dans ce cas , est bien facile à ceux qui réussissent.
M. DE LUBCY.
Je vous assure, ma chère Augustine, qu'elle est un devoir facile pour tous; et s'il n'en était pas ainsi, quel espoir nous resterait-il pour triompher? Le choix que l'on a fait de monsieur Bignardin est connu nftûn tenant; il va soulever des cabales; c'est à nous de le soutenir.
M. BIGNABDIN.
Il serait si pénible que cette excellente province fût représentée par un de ces brouillons qui ne se plaisent que dans le désordre, ou par un de ces hommes qui n'ont d*opinion que leur intérêt ! Ces
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derniers surtout sont bien puissansy il» ont l'appui de l'autorité.
MADAME DE LURCY. , "*
Vous êtes sur la brèche , vous co^Msàaêez vos adversaires ; ralliez vos forces. * «
M. BIGNABDIN.
Le secours que monsieur de Lurcy me promet si franchement va déconcerter hîMix des gens.
MADAlklE DE LURCY. -
Allez y alleZ| messieurs ; les momens se comptent ; ralliez les bons, et méfiez^-vous des déserteurs. '
( M. dft Ldrj et M. Bignardin sortent ensemble. )]