SCENE VI. U
de personnes tout au plus. J'ai l'avcfrsion des lectures d'apparat.
M. DE VOLMAR
où veux-tu en venir?
AtGUSTE.
L'importance d'un poète s'établissant devant une table j et commandant l'attention à une cohue de gens qui ne viennent là que comme à un spectacle , sans se soucier aucunement de poésie ; la modestie obligée du lecteur y les applaudissemens obligés des spectateurs y tout cela me glace ; et j'ai juré de brûler mes œuvres plutôt que de les prostituer d'une manière aussi ridicule.
M. DE VOLMÂB.
Assez de préambule , passe à la conclusion.
AUGUSTE
J'ai des vers que j'ai faits, et qui sont, sans me flatter , mon meilleur ouvrage : je, ne veux pas encore les donner au public; les journaux sont si dénigrans! Mais' j'avoue que je ne serais pas fâché de reaieillir les sufiFrages d'une société éclairée. Quelque certitude que l'on ait d'avoir bien fait, on peut se tromper ; tout homme est sujet à l'erreur, errare humanum est; et si je pouvais subir une espèce d'examen....
M. DE VOLMAE, rii««rroinpant.
Qu'est-ce^ q«e cela a de commun avec nos proverbes? , ->
AUGUSTE
Le voici : je voulais vous demander s'il ne serait pas possible d'amener naturellement et sans afFecta-
M LA MANn BBft PROVERBES.
tion au milien de rms scènes tin homme qui viendrait lire des vers.
M. lœ YOLMAR.
Je n'y vois pas d'inconvénient ; c'est une assez; bonne idée. Oui, cela se peut: n'est-ce pas, monsieur de Solanges?
M. DE SOLAK(ÏES.
A la rigueur, sans doute; mais' les rôles de poète sont bien usés au théâtre.
AUGUSTE
Aussi n'e^t-ce pas un rôle de poète que je vous demande.
Cependant on ne peat guère amener une lecture de v^rs sans amener un poète.
AUGUSTE
Je ne veux pas jouer de rôle, je le répète; je veux seulement lire mes vers.
Si vous ne voulez pas de rôle, il n'y <i qu'un moyen, c'est de faire votriB lecture entre deux pro* verbesu
AUGIl^TE.
Entre deux proverbes! fi donc! J'aurais l'air de n'être placé là que pour donner . le temps aux acteurs de s'habiller. Non pas , non pas. Sans être infatué de mon mérite , je ne veux pourtant pas ravaler ainsi les vers que j'ai faits.
M. DE S0L4NGES.
Alors, dites-nous donc ce que vous avez ima-
SCEME YI. 3S
giné pour amener votre lecture d'une manière convenahfe.
AUGU5TÏ:.
Je n'ai rien in^aginé; je n'ai pas l'habitude des proverbes ; mais vous^ monsieur de jSolaiiges, qw v^chis y entendez si bien , voujs ne devez pas être embarrassé pour cela.
M. DE VOLMAR
C'est que monsieur n'a peut-être pas vu de tes vers. Oh! il en £siit de trèsr-joli^, vous pouvez m'en croine.
J'en suis persuadé.
AUGUSTE
Non, vous n'en êtes pas persuadé, car vous trouveriez moyen de les placer.
M. DE I^OLANGES.
Ceux que vous voulez lire soaifrril gaisî au moins ?
AUGUSTE
Gais ? non.
De quel genre sont-ils? héroïques, satiriques? Bst-ce une épltrè, une idylle , une églogue?
AUGUSTE
Ce n'est rien de tout cela.
s M. DE SÛLANGEi.
Qu'est-ce donc?
AUGUSTE
Ce sont des veis que j'ai faits, et qcie je voudrais lire. i . .!.