S01*HIE
Ce serait une fière perte! elle fournit toutes ses étoffes.
MADAME MAIREt.
Si cela lui convient et à moi aussi ?
SOPfilE,
Elle croit^ parée que son père a caché son véritable nom sous le sobriquet dç Mussy, que la voilà une tout autre personne , et qu'elle n'a plus rien de commun avec sa famille. Cela &iit pitié î
MADAME MAIRET
Votre père n'avait qu*à faire de même.
SOPHIE
^Pourcpioi donc? mon père était Pierre Pouzons, je n'en rougis pas : ce nom- là vaut bien un nom d'emprunt.
MADAME MAIRET, avec un ton d'autoritc.
En voilà assez.
(Ln moment de silence. )
M LE MAItlAGE MANQUÉ.
SOPHIE
Madame y je puis dire que ma cousine a une âgure étrange.
^ MADAME MAIRET, atec hiupeur:
Encore votre cousine !
SOPHIE
Pardon. Je puis dire que mademoiselle de Mussy a une figure étrange. Comme elle va être belle avec ce chapeau-là! Elle aura bien réfléchi avant de choisir son satin. Est-il permis d'avoir un aussi mauvais goût? Du satin blanc bleu !
MADAME MAIRET
Qu'est-ce que cela vous fait ?
SOPHIE
Oh! rien; mais vous me permettrez de faire une comparaison avec madame Darbaut ^ c'est pour en dire du bien. Voilà une femme qui n'a ^as besoin de choisir ses modes; tout lui Va : elle se coiffe en l'air; elle arrange ses cheveux «n dépit du bon sens; avec cela , elle est toujours jolie.
MADAME MAIRET
Elle engraisse beaucoup.
SOPHIE
Cela n'empêche pas qu'elle ne soit la phis beHe femme de la ville.
C'est selon le goût. Mademoiselle Juliette a cru me faire une grande niche en m'enlevant sa pratique; je vous avoue que cela m'est bien égal.
SCEIVE I. S$7
SOPHIE
Il n'est pourtant pas indifférent, pour unç marchande de modes , de coiffifer un visage comme celui de madame Darbaut.
MADAME MAIRET
Ce que je trouve seulement de ridicule, c'est que la femme d'un homme en place, qui devrait donner l'exemple, se fournisse chez une personne aussi connue pour ses mauvaises opinions que l'est mademoiselle Juliette,
SOPHIE
Ah! vous ne parlez pas politique ?
MADAME MAIRET
U n'y a pas de politique là-dçdans. Si mademoiselle Juliette faisait mieux les modes que moi,' encore passe; mais tout ce qui sort de chez elle est lourd, sans goût et sans fraîcheur.
SOPBIE.
Ce sont les crédits qui lui donnent des pratiques.
MADAME MAIRET
Grand bien lui fasse ! Pour moi , je suis corrigée de cette duperie-là. Quand nos dames nous doivent une somme \in pou considérable f elles font venir leurs modes de Paris, çt nous n'entendons plus parler d'elles : alors il faut les tourmenter ou s'adresser aux naaris, et ce sont des longueurs à n'en plus fink* : j'aime mieux vendre moins et vendre au comptant; c'est plus sur.
SOPHIE
C'est bien moins honorable aussi.