M. FILL'ARS
Comment êtes-vous dans ce pays-ci? Vous ne changez pas du tout. Il y a bien six an» que je n'ai eu l'honneur de vous voir, vous êtes toujours le même.
st. DUCASTEL, ù madame Mairut.
Madame , je voudrais aussi une couple de jabots.
^ÈN£ m. 67
MADAME MAIRET
Nous n'en avons pas de montés pour le moment; mais jsi monsieur veut se donner la peine d'attendre, ce ne sera pas loi^. C'est en batiste sûrement? Nos messieurs n'en portent pas d'autres.
M. DUÇASTEL.
Comme vous voudrez^ madame.
MADAME MAIRET
Sophie, allons vite, deux jabots de batiste pour monsieur. Donnez-m'en un , vous ferez l'autre. Monsieur, faites^moi le plaisir de vous asseoir *.
( M. Ducastel s'assied sur le devant du théâtre ; M. Fillars prend un siège auprès
délai.)
M. FILLARS.
C'est donc pour un mariage que vous faites toutes ces emplettes?
M. DUGAéTEL.
Mon linge s'est tellement abîmé en route, que je n'ai pas une chemise dont le jabot soit mettable.
M. FILLARS.
Vous ne voulez pas me dire le fin mot. Vous avez des prétentions , je vois cela du premier coup d'œil. Voyons , dites-moi ce que vous venez faire dans cette ville, où vous n'êtes jamais venu. C'est à coup sûr quelque chose qui en vaut la peine; car vous n'êtes pas homme à vous déranger pour rien. J'ai su que
^ Il faut avoir soin de tenir tout prêt un morceau de batiste que l'on déchire, et que madame Mairet et Sophie se partagent; et, au moment où Sophie montre son jabot achevé, elle en substitue un tout fait qu'elle a tenu auprès d'elle.
VOUS aviez eu le malheur de perdre monsieur votre père ; cette nouvelle m'a causé un véritable cliagrin ; et je ne puis pas vous dire l'humeur que j'ai eue contre madame Dubriel^ vdtre cousine, en apprenant qu'elle n'avait porté le deuil que six semaines.
M. DUCASTEL.
Je l'ignorais.
M. FILLABS.
Je puis vous le certifier. La terre de madame Dubriel n'est qu'à dix lieues d'ici, il ne m'a pas été difficile de m'assurer du fait. Pour un oncle, six semaines de deuil, c'est ufi peu leste. Vous devez vous* trouver bien seul à présent dans votre grand château?
M. DUCASTEL.
Je fais beaucoup travailler!
M. FILLAHS.
Vous avez donc des projets? Je suis sur de ne pas m'être trompé. Vous venez nou» enlever quelqu'une de nos belles. Mais comment aurez-vous pu faire un choix ? Vous ne connaissez personne dans la ville. Eh ! j'oubliais le vieil abbé de Montègre , avec qui votre père était lié. C'est le plus* grand marieur qui sôit au monde ; il se sera chargé de la commission. Vous riez; m'y voilà. Ce n'est pas trop sot de deviner tpHut cela sur une simple paire de gants et deux jabots.
M. DUCASTEL.
Non, sans doute; car c'est la vérité, à l'exception de l'abbé de Montègre, qui n'est pour rien dans cette affaire.