‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 39 sur 249 · V. FILLARS · texte numérisé non relu

V. FILLARS

Après.

M. DUCiSTEL.

« Elle a de Tesprit et de rinstruction. »

M. FILLAR&

Cela ne dit rien.

M. DUCASTEL.

€c Elle tient à une des premières familles de la <c ville. »

M. FILLARS.

Chaque famille ici a la prétention d'être la première famille de 1^ ville.

M. t)UGASTBL.

a Elle n'a qu un frère qui est d'une assez mauvaise a santé. D

n. FILLARS.

Comme tCMi$^ les frères des demoiselles à marier.

M. DUCASTEL.

ce C'est une personne simple dans ses manières et a sans aucune prétention. »

M. FILLARS.

Cette demoiselle-là n'est pas d'ici.

M. DUCASTEL. ^

(c Qui est généralement aimée et estimée. »

H. FII.LARS.

Généralement.

M. DUCASTEL.

« Je crois pouvoir affirmer que cette alliance vous ce convient sous tous les rapports ^ et que vous ne vous a repentirez jamais de l'avoir contractée. »

StiÈNÈ m. ' 7S

M. FaLABfi.

Cette lettre est de Tàbbé de Montègre; il* n'y a que lui qui puisse affirmer ces choses-là.

M. DUCASTEL.

« Je ne parlerai de rien à madame de... ni à sa a 611e, avant de vous avoir présenté chez elle. »

M. FILLABS.

Arrêtez un instant , je vous prie. « Je ne parlerai « de rien ,à madame de,^. ni à sa fille. » Cette demoiselle n's^ donc qu'une mère ? ou bien elle a ui> pèpe aussi; mais un de ces pèrea comme nous en voyons plusieurs , qui ne comptent pour rien dans leur maison , et qui ne servent qu'à donner un nom aux en- Ëms de leur femme. Continuez : je croyais avoir trouvé un renseignement,, et je suis toujours dans la même ignorance.

M. DUCASTEL.

«f Vous pouvez avoir la certitude que personne ne « sera prévenu. »

M. FILLAES.

Oh ! que voilà bien une phrase de faiseur de mariages ! ccPersoiipe ne sera prévenu ! » pas même vous peut-être. Que d'entrevues où personne n'est prévenu et où tout est arrangé d'avance ! On surpreùd la demoiselle dans un négligé plein de recherche, s'occupant d'une broderie délicate ou de quelque autre bagatelle qui semble absorber toute son attention, au milieu d'un salon tapissé de dessins faits par elle seule, et qui le plus souvent ne sont que l'ouvrage de son maître. Le piano est tout prêt, le livre de

74 LE MAmiAGE MANQUÉ.

musique ouTert à la sonate qu^on étudie depuis quinze jours. Les jeunes frères et sœurs, groupés autour de leur aînée, sont en admiration devant elle, et lui font mille caresses qu'elle reçoit avec une grâce et une bonté touchantes i tout respire l'harmonie et l'union. Le prétendu, ébahi, transporté, brûle déjà de faire partie d'une aussi aimable famille; et, pour mettre le comble à son ravissement, après l'avoir étourdi de chants et de musique pendant une heure ou deux , on finit par atecoi*der une gavotte aux instances d'un ^eaxi officieux aposté là par hasard , et sans que rien ait été prévu.

M. DUCASTEL.

Pour la musique, je suis sûr de n'en pas entendre.

M. FILLARS.

Gomme vous êtes musicien , il est possible qu'on ne se risque pas à jouer devant vous; mais vous ne connaissez rien à la danse, et Vous n'éviterez pas la gavotte, ou au moins quelque petit menuet. Au surplus , cela ne fait rien ; voyons le reste.

M. DUCASTEL.

C'est tout.

Vous badinez?

Non.

H. FILLARS.

M. BUGASTEL.

I». FILLARS.

£t la taille, l'âge, la figure, on ne vous en dit pas un mot? On vous avait donc écrit sur tout cela avant cette lettre , car le moyen de croire que vous ayez

SQEHJB III. 7»

fait plus de soixante lieues sur des renseignemens aussi vagues.

M. DUGASTEL.

C'est pourtant la vérité.

ar. FiixARs.

Allons donc. -

M. DUGASTEL»

La personne qui m'écrit a toute ma confiance ; et, quoi que vous en puissiez dire, je ne crains pas d'avoir fait un voyage inutile.

M. FILLARS.

Vous avez une foi robuste. Quant à moi , je trouve cette lettre si insignifiante , qu'il me semble que vous pourriez la publier ici même, sans craindre de compromettre la demoiselle qu'on prétend vous désigner. Enfir^y il ne faut que de la patience : une personne comme vous ne peut pas être long-temps dans la ville sans que l'on sache ce qu'elle y est venue faire; et demain ce ne sera plus un secret. Que faites-vous ce soir ?

M. DUGASi^EL.

Vous avez spectacle , je compte y faire un tour.

M. FILLARS.

Permettez- VOUS que je vous accompagne?

M. DUGASTl^

Volontiers.

M. FH-LARS.

Je vous d^nanderai seulement la permission d'aller rompre un engagement : c'est l'affaire d'un instant; ee n'est qu'à deux pas.

76 LE MAUAGE 1IIA]«QUE.

• M. D^GASTEL.

A la bonne heune.

M. FILLARS.

J'y cours. (Bm.) Songez à mardiander avec madame Mairet, parce qu'elle a la réputation d*étre fort chère; et pour sa fille de boutique, vous ne lui donnerez rien : ce n'est pas l'usage ici. (Haut, en t'en allant.) Je ne vous dis pas adieu, mesdames.

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