SCÈNE V
MhDME MÂlRET, SOPHIE, M. DUCASTEL dans le fond do tb<f&tr0, MADEMOISELLE DE MUSSY.
MADEMOISELLE DE MUSSY
£h bien ! madame Mairet, et mon chapeau, et ma robe, et ma collerette ?
MADAIIE MAIRET.
Tout cela est prêt, mademoiselle.
SOPHIE
A l'exception de votre garniture, que j'achève.
MADEMOISELLE DE MUSSY
Vous avez encore quelque chose à faire ?
SOPHIÇ.
Ce n'est presque rien.
78 LE MAIIIA&É MAlVQflÉ.
MÂDAHE MAIHBT.
Vous aurez le tout demain à dix heui*es, comme nous en sommes convenues.
MADEMOISELLE DE MUSSY
Je veux l'avoir ce soir. Demain à dix heures ! J'aurai bien autre chose dans la tête demain à dix heures ! Pourquoi n'aidez-vous pas votre fille ite boutique, au lieu de faire des jabots? Est-ce que j'ai besoin de jabots, moi?
MADAME MAIRET
On ne peut pas travailler à deux sur votre gaFniture.
MADEMOISELLE DE MUSSY
Ce sont de mauvaises raisons que cela. J'ai vu quelquefois chez mademoiselle Juliette plus de cinq ouvrières occupées à la même robe. D'ailleurs, qui vous empêchait de faire passer des nuits? On ne fait pas autre chose chez mademoiselle Juliette.
MADAME MAIRET
Mademoiselle Juliette! Mademoiselle Juliette ne faJt pas passer des nuits quan4 cela est inutile. Vous ne m'aviez demandé votre robe que pour demain.
MADEMOISELLE DE MUSSY
Je veux l'avoir ce soir. Où est mon chapeau ?
MADAME MAIRET
SofAiie , montrez le chapeau.
I^ voici, mademoiàelle , bien frais, bien joli, et qui vous siéra on ne peut mieux.
MAMSUOISELLS BB UVSSY.
Ah ! quelle horreur !
HADAH£ MAIRET.
CoTnment donc, mademoiselle !
MADEMOISELLE DE MUSSY
Mais,c*est une abomination. Je vous ai donné du satin blanc, et vous me rendez un chapeau bleu.
MADAME MAIRET
Je vous réponds, mademoiselle, que c'est bien votre satin.
MADEMOISELLE DE MUSSY
Et moi , je vous réponds que c'est faux. Mon satin est un satin fort, et celui-ci ime pelure d'ognon. Le mien est blanc, et le vôtre est bleu. Je m'y connais peut-être.
MADAME MAIRET
Pour la couleur, c'est l'effet des lumières. Au surplus, mademoiselle, vous avez remporté chez vous le restant de votre étoffe, vous comparerez demain au jour j et vous verrez que c'est la même chose.
SOPHIE
Si mademoiselle nous eut laissé faire toutes les fournitures...
MADEMOISELLE DE MUSSY
Je ne vous parle pas, mademoiselle. Je verrai que c'est la même chose; je ne verrai rien du tout; car je ne veux pas de cette guenille-là. Uu chapeau bleu ! prétendre me faire croire que j'ai voulu un chapeau bleu! Vous perdez donc tout-à*fait la tête, madame
80 LE KARU^GE MABfQUE.
Mairet? cela n'a pas le sens commun. Taurais dû ni?en douter. Je ne sais quelle manie j'ai de me fournir ici; oh n'y vend que de la drogue. Le joli chapeau ! ne dirait-on pas qu'il a servi d'étalage pendant six mois? Je vous avais demandé du tulle aussi; pourquoi m'avezvous mis de la blonde?
MADAME MAIÏIET.
Vous aviez parlé de tulle d'abord , mais vous avez fini par convenir que la blonde serait plus adoucissante.
MADEMOISELLE DE MUSSY
Plus adoucissante ! je ne me suis jamais servi de ce mot-là. Dites que vous avez mis de la blonde parce que vous n'aviez pas de tulle chez vous : vous êtes si bien assortie !
MADAME MAIRJST.
Sophie^ montrez à mademoiselle le carton où sont les tulles.
MADiTMOISELLE DE MTJSST.
Continuez ce que vous faites , mademoiselle ; c'est plus essentiel. Qu'est-ce que c'est que ce chifFonnage-là? C'est ma garniture? Juste ciel! c'est pour devenir folle. Mais vous. avez donc juré de ne rien faire comme personne ? J'ai pasjsé deux heures à vous expliquer ce que je voulais. ->
Mais iiegardez donc , mademoiselle.
MADEMOISELLE DE MUSSY
La seule fois peut-être que j'aie mis de l'intérêt à ma toilette ! Ah ! grands dieux ! que j'ai eu tort de ne