‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 5 sur 249 · LA MANIE DES PROVERRES · texte numérisé non relu

LA MANIE DES PROVERRES

Ecoutez* Vous avez vu la belle galerie de tableaux (lu commandeur?

M. DE VOLMÂR.

Oui, dans laquelle il y a de si beaux cadres dorés.

£h bien , on la dispose pour y dresser un théâtre ; les hommes s'occupeht de ce soin , et les femmes me tourmentent pour que je leur fasse des rôles qui exigent telle ou telle toilette;

M. DE VOLMAR

Rien de plus naturels

Je cherche d'abord le mot d'un proverbe applicable à la circonstance, et je prends : A bon vin point iC enseigne ; d e^sXrkràiTe qu'il ne faut point d'efforts pour exprimer des sentîmens qu'on éprouve réellement....

M. DE VOLMAR

Cela est ingénieux.

Non, cela est assez commun; mais pourvu que le mot du proverbe soit applicable, le reste dépend des détails.

M. DE VOLMAR

£h bien, les détails....

Les détails furent pour moi une vraie galère ; jamais je ne pus mettre mes acteurs d'ensemble. Enfin, voyant que lé moment de jouer approchait, et me doutant bien qu'il seraient embarrassés , je leur don-

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nai à tous un conseil dont j'attendais le meilleur effet. « Quand vous serez en scène , et que vous ne « trouverez plus rien à ajouter^ dites : J*entends quel* «iquun; cela apprendra au personnage qui doit ence trer, qu'il est temps qu'il paraisse; par ce moyen « il n'y aura point d'intef ruplion. »

M. D£ YOLUAB.

C'était fort bien trouvé. Au fait , avec une réplique ainsi convenue ^ on doit toujours se tirer d'affaire.

Vous allez voir. Figurez-vous la meilleure société de Paris, des femmes charmantes, des hommes d'esprit et remplis d'indulgence , enfin une société comme on la rencontre ici; le commandeur sur un fauteuil un peu élevé, et tous, les yeux fixés sur lui, pour jouir du plaisir qu'il allait éprouver, et lui montrer qu'on le partageait.

M. DE VOLMAR

Ce spectacle est vraiment délicieux. Continuez; je ne puis vous dire, à quel point vous m'intéressez*

M. DE SOLAN6ES.

La première personne qui devait paraître était la nièce chérie du commandeur, madame de Yerteuil, grande , sèche et noire , et qui avait voulu absolument jouer en costume de paysanne.

M. DE VOLMAR

Elle avait tort.

La toile se lève; elle paraît. Ses bras nus. et décharnés , sa figure étrange excitent un petit mouvement de surprise; soit qu'elle s'en- aperçoive, soit l'effet que

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produisent sur eUe tant de spectateurs attentifs, soit toute autre cause, elle perd la tête, parcourt le théâtre sans proférer un seul mot , porte la main sur son cœur comme si elle allait perdre connaissance , et ne trouve rien à dire que , f entends quelqu^un.

M. DE yo\:.MÂR.

Ce n'était pas trop mal s'en tirer.

M. DE SOLAliCGES.

Oui : c'est elle qui était chargée de l'exposition, car, pour un proverbe comme pour une comédie, encore faut-il que le sujet soit clairement exposé , que le lieu de la scène soit indiqué , enfin que ceux qui sont là éveillent assez l'esprit des auditeurs pour qu'ils prennent intérêt à ce qui va se passer sous leurs yeux.

M, DE VOTMAR.

Je comprends cela parfaitement Eh bien , vint-il un second personnage?

Sans doute. Celui qui devait arriver pour la se-^ conde scène entra ; mais comme madame de Yerteuil n'avait rien dit et ne lui disait rien, il ne trouvait rien à lui répondre ; et , après être resté quelques minutes à faire des efforts incroyables sans pouvoir desserrer les dents, il s'écria à son tour: J* entends quelqu^un; et de ce proverbe tant préparé , c'est absolument tout ce qui fut dit.

M. DE VOLMAR

Mais savez-vous que cela devait faire la plus plaisante représentation du monde , et qu'on devait rire à gorge déployée?

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