MADAME SORBET, VICTOR
MADAME SORBET
Victor! Victor!
VICTOR, en dehors.
On y va.
Allgiisy il ne yieifdnapas. (EUeionneencoro.) Victor!
Me voici , madame. - -, "
* .. MADAME SORBET. . • <
OÙ etés-vous/ donc toujouFô* fourré? Il y a une heure qne je vous sonnQ. • -i
VICTO»
MaiSy madame, j'étais là.
- MADAME SORBET
Est-ce votre placje? Il est pourtant bieft cruel que je ne puisse me .reposer sur personne.
VICTOR
Il fout bien que je voie un peiî si l'on a préparé tout ce que j'ai commandé liier au soir.
^ MA.DAME SqRBET.
yous n*aurëz jamais tort ; c'est votre usage. A-t-on été chez l'horlogéfr ?
VICTOR
Oui, i|iada)ne. '
MADAME SORBET
Quand rèndra-t-il la pendule?
VICTOR
Il ne le sait pas , madame.
MAPAME SORBET.
G>mm^it! il ne le, sait pas?
Non, madame.
450 XADiigHE (|91|Brr.
Et on ne l'a pas grondé, on n'u pas crié après lui!
Vous êtes d'un calme; d'pn sang-froid B-îen ne
me déplaît comme ui^ café sans pendule : c'est un corps sahs Ime. Avez-ypus au moins parlé au porteur d'eau? * - \
VICTOR
Oui y madsrme. - . .
MADAQIË SORBBT. • «
Lui avez-vous dit qu'il ncrui^' doqnait de Teau de puits? • ^
• ' VICTOR. . \ * r
Oui, madapie.
MADAME SORBET
Oui, madame; non, madame. S'il n*y a pas de quoi entrer en fureur î Eh bien ^ qu Vt-il répondu ?
VICTOR
11 a répondu que c'était de f eam de Seine.
MADAME SORBET
Vous ne lui avez pas soutenu» qu il olentait ?
VICTOR
Pardonnez*moi , madame.
Après ; parlez donc.
VICTOR
Voilà tout.
MADAME SORBET
Voilà tout ! il a dit au porteur d'eau . qu'il nous donnait de l'eau de puits; le porteur d'eau lui a répondu que c'était de l'eàu de Seine , et voilà tout.
Mais, madame y fallÂit4I me battire avec hii?
MADAME SORBET
Se battre avec lui ! ce soitt pourtant les raisons qu'il me donne. Se battre avec lui! Non, monsieur, il ne fallait pas se battre ave(f lui , mais il. fallait le changer. Je ne sais pourquoi vous tenez à cet homme ; peut-être seulement ftst-ce à cause de l'eau qu'il me fait boire et qui- me donne des maux d'estomac affreux? Vous vous souciez bien dé cela.
( Elle va s*a»e4Mr k son coii|ptoir. ) IFfCTOR.
Comme .vous êtes- injuste, et comme vous me quereHez pour rien ! Pourquoi voulez-vous qu'il me soit égal "que vous ayez mal à l'estomac ? n'étei^vous pas bien sûre «lu, contraire?
^ MADAME SORBET
Moi ! je ne suis sûre de rien.
VI«TOR-
Voiis êtes bien changée avec moir
Quel est c^lui de nous deux qui est le plus changé? je vous en fais juge. Tai^vu le temps où le moindre de mes -désirs était un "ordre pour vous. Je n'avais pas la peine de souhaiter; vous étiez d^un soin, d'une complaisance qUi passait toute idée; mais à présent vous me verriez, je crois, mourir sans sourciller. Na vous plaignez pas de moi , vous auriez tort
15t INTA^AME gOIMBE r.
VïCaFQR.
Je ne me plains pas non plus^ je regrette seulement le temps où vous- ne me parliez jamais qufeivec amitié, oè vous m'appeliez votre petit Victor, où vous ne trouviez rien de bien que ce que j'avais fait. Je me conduis toujours ^e ^aéme, et je ne suis plus si bien traité.
MADAME SORBET
C'est vpus qui dites que vous vous conduisez toujours de même, pour moi je n'en conviens pas. J'admets, si vous voulez, que j'aie mis plus de gravité, plus de sérieux dans mes rapports avec vous; mais serait-ce une raison pmiij que vous vous négligeassiez? Une feipme n'est-elle •pas un ^rç privilégié; ne peut-elle pas varier saxonduite à l'infini sans qu'il soit permis de la- blâmer, je dis plus, de Fapprouver même? Les hommes ne sont vis-à-vis de nous que des êtres secondaires.
VICTOR
Vous n'auriez pas fait croife cela à monsieur Sorbet.
- Itf ADAME SORBET.
Monsieur Sorbet était un sot.
VICTOR
C'est vrai; mais vous n'aVlez jamais d'humeur avec 1 . ï <
lui.
MADAME SORBET
Croyez-vous que je prenne plaisir à avoir dfe l'humeur ? Ne dirait-on pas que j'en cherche les sujets? J'ai mal dormi toute la nuit; les rêve» que j'ai faits étaient affreux. Je descends , et je ne trouve personne
rv. ISS
au café; je vous fais dé légers reproches, comme je vous en ai fait «le ^uf temps', et urous voufi amusçz à m'impatienter par une sécheresse de réponses q[uî n'a pas d'exemple. Soyez de bon compte : me réfjondiez-vous ainsi dans lès prertiers temps que je vous ai connu ?
VICTOR. '
Je ue savais pas qpe voiî^ eussiez fait de mauvais rêves. Quels rêves ave&-vous donc faits ? - ' ^
MADAME SORBET
Ce sont de ces rêves où 'tout tourne.
VICTOR
C'est le numérov49- ^ • .^
MADAME S0RB£T«- .
Vous ne patisez qu'à la loterie. Peut-on doniîfer dans de senU^lables siiperstitiotis ! Un rêve* qui indique des ii^méix>s ! Laissez ces puérilités aux bonnes femmes. *Ces sortes de rêves annoncent^ au contraire, dœ conquêtes , des succès, et «îje voulais me flatter
VICTOR
Bopr moi , je sais bien ce que je voudrais Qu'ils anriùnçassent. *
MAUAME SORBET.
lStx\ qu'estrce que ce serait? ' ♦ , , ^
VICTOR. '
Le jouv où vous consentirez à m'épquiipr.
MADAME SORBET
Ab! je voiis en prie, Victor, ne parlons pas de cela. J'ai bien* autre chose dbans la tête, vraiment.
VlGTOK
Que petifl^il y aiK>ir de* plus Important ?
MADAME SORBEX.
Ne savezrvou^ pas que , depuis la mort de monsieur Sorbet , il m'est impossible de prendre d'engagement positif?
VICTQJI. '
Y014& -en aviez bien ftf'is de son vivant. Vous rappeleasfvous, madame Sorbet , xse jour où nous avons été nous deux tête-à-têtie au bois de 'Romainville ? Comme vous étiez jolie ce jourJà !
MADAME flORBET, minaudait.
Je ne.sais gas ce que vous voulez dire.
VICTOR
•Apjrès le dîner , vous me donnâtes une devise que vous aviez trouvée dans un diablotin,. en disant: « Tenez , mon petit Victor , voilà une devise qui est bien vraie. » Moi je la lus aussitôt, et il y avait dessus : * '
Ahl que mon destin serait doux Si janafiis vous étiez mon époux l
MADAME SORBET
C'était une {daisanterie.
" . VICTOR
Kon^ non. Je*me souviens* très-bien que vous ne plaisantiez pas ce*jour-là. Aumî j'étais content ! Je ne pesais p^ une once. J'ai toujours gardé cette devise j et je l'ai collée au-dessus de mon Ht.
MADAME SORBET
Taise&vous. Vous êtes un enfant.