SO£N£ VII
ne l'ai jamais été. Jamais je n'ai eu Tâme rétrécie ni Tesprit intéressé d'une marchande. J'étais là parce que le hasard m'y avait placée , sans aucun goût , sans la moindre vocation. La preuve, c'est que rien de ce qui m'arrive ne m'étonne ; je pourrais même dire que je m'y attendais* D'après ce que j'imagine , je vais devenir une femme très-comme il faut. Eh bien, je ne changerai rien à mes manières. Seulement je ne verrai que des femmes de mon rang. J'aime mieux m'ennuyer dans ma société que de descendre dans des classes inférieures pour y trouver de l'agrément. Les petites gens abusent tôt ou tard des bontés qu'on a pour eux.
VICTOR rentre et s'assied.
Je n'ai pas été long-temps , et pourtant j'ai conclu une bonne affaire.
MADAME SORBET, avec Bauteur.
Garçon , vous vous oubliez. Levez- vous donc.
VICTOR
A qui parlez-vous, madame? Je ne vois pas de garçon, ce me semble.
Vous devenez bien insolent, monsieur Victor.
VICTOR
Je ne suis pas si mielleux que le monsieur de toutà-l'heure, n'est-il pas vrai?
MADAME SORBET
Qui vous a dit que ce monsieur était mielleux ?
VICTOR
Je le connais de longue date.
tas MABAME SORBET.
MADAME SORBET
Vous le connaissez, tous! Quel rapport peut-il y avoir entre ce monsieur et un garçon limonadier?
VICTOR
Ce monsieur est un grand coureur de mariages.
MADAME SORBET
Un coureur de mariages !
VICTOR
Je l'ai VU très-souvent à Bordeaux se marier deux fois ^goàs une même soirée.
Quelles sottises me venez-vous conter?
VICTOR
Ce ne sont pas des sottises, ni les mariages qu'il contractait non plus; car ces mariages se faisaient toujours avec le consentement des parens y et devant une nombreuse assemblée.
MADAME SORBET
Vous devenez fou, Victor.
VICTOR
Je ne deviens pas fou du tout ; je n'ai même jamais été plus raisonnable.
MADAME SORBET
Que veulent dire ces mariages, ces consentemens de parens, cette nombreuse assemblée?
VICTOR
Cela veut dire que ce monsieur est un comédien ,
scBWB VH. les
et les mariages qu'il contracte ne sont que des mariages de comédie.
MADAME SORBET
Un comédien !
Et l'un des meilleurs > ^icone! Il trouve que vous avez beaucoup de talent .aussi.
mi»AlKE SOBBJST.
Je ne crois pas un mot de tout ce que vous dtte& Vous aurez écouté notre entretien, suivant votre louable coutume , et vous voulez me dérouter en tne faisant des contes ridicules ; mais cela ne peut durer long-temps. Ce monsieur va revenir.
VICTOR
Vous ne le reverrez qu'à notre repas de noce.
MADAME SORBET
Je ne le reverrai donc jamais.
VICTOR
Comme vous voudrez. Dans le Êiit, c'est une dépense fort inutile, et que nous pouvons éviter.
MADAME SORBET
Mais quand je dis qu'il n'y aura pas de noce , j'entends qu'il n'y aura pas de mariage.
VICTOR
Pour cela, c'est différent; je crois que vous vous trompez.
MADAME SORBET
Victor, ne me poussez pas à bout.
464 MABANE SOEBET.
VICTOR
Ni VOUS non plus , madame Sorbet.
Que ferez-vous?
VICTOR y lui Bontrant son écrit.
Je mettrai votre signature sur la place.
Quoi ! cet homme a eu l'indignité de vous donner ce billet ?
VICTOR
Que voidez-vous , madame .^ Il y a sympathie entre nous; et vous savez jusqu'où peut aller la sympathie.
MADAME SORBET
Rendez-moi ce billet.
VICTOR y avec tme ironie marqttcfe.
Oh! non.
MADADIE SORBET.
Comptez-vous en abuser?
VICTOR, de même.
Oui.
MADAME SORBET
Vous êtes un monstre. Je vous épouserai, mais vous vous en repentirez toute votre vie.
(Elle sort furieoae.) VICTOR.
Je trouverai moyen de la calmer : l'essentiel pour moi est de ne plus craindre de délais. Florimon m'a rendu un grand service , et , sans lui , je vois bien que je n'aurais jamais terminé cette affaire-là.
UN PEU d'aide FAIT GRAND BIEN.
OU