‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 77 sur 249 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

M. DORFEUIL, madame OERZILLY.

M. DORFBCn.

Madame , dites-moi donc ce que c'est qu'une révolution ?

MADAME DSRZILLY.

La singulière question !

M. DORFEUIL

Je ne vous parle pas en langage politique, mais en langage de femme.

MADAME DERZHiLT.

Je ne vous comprends pas davantage.

• H. DORFEUIL

Comment ! je n'entends prononcer ici que cemot-là. On ne dit rien, on ne fait rien qu'on n'ait débattu d'avance si ce qu'on dira , ce qu'on fera ne serait pas dans le cas de causer une révolution à la maîtresse de la maison.

MADAME DERZILLT.

Cette pauvre petite madame de Yalcé est si délicate!

M. DORFEtJIL,

Délicate ! je ne vois pas cela.

MADAME DERZILLY.

Elle est si dpuce !

M. BORFEtJIL.

On prévient tous ses désirs. Ce château est vraiment le palais de Corîsandre ; il faut se faire imbécile en y entrant. Pour moi, je pense très -sérieusement à m'en retourner à Paris , pour ne plus être soumis aux caprices sans cesse renaissans de madame de Valcé.

MADAUiE DEBZILLY.

Mais qu'e&t-ce qu'un homme a de mieux à Êiire que d'être soumis aux caprices d'une jolie femme ?

M. DORFEUIL

Votre serviteur. Parce qu'une femme est jolie, je ne trouve pas que ce soit une raison pour «fu'elle soit insupportable à tout le monde.

MADAME DERZnXY.

Madame de Valcé n'est pas insupportable.

M. DORFEUIL

Cela prouve que vous avez beaucoup de patience. Pour moi , je ne puis me souffrir dans une maison qiji n*est pas réglée , où l'ordre des repas est sans cesse interverti 9 où Ton ne rit que par permission, où il faut s^occuper sans cesse d'une idole qui n'a d'autre mérite quç de parler tout bas. A la campagne, la gaieté est de première nécessité;. ceux qui sont tristes restent dans leur chambre. Que m'importe que madame de Valcé ait bien ou mal dormi , qu'elle ait fait

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de bon» ou de mauvais rêves ! Elle est maîtresse de maison , elle doit toujours faire bon visage à ses hôtes.

MADAME DEHZILLY.

Si vous ne vous vantiez vous-même d'être existe , on vous lapiderait pour parler ainsi.

M. DORFEUIL

Valcé, au moment de quitter Paris , vient chez moi me faire mille instances pour m'attirer ici ; il m'exalte sa femme comme un prodige...

MADAME DER^ILLY.

11 n'a que trois mois de mariage...

M. DORFEUn^

M'assure que je serai» enchanté d'elle, que je n'aurai jamais passé le temps aussi agréablement...

MADAME DERZIIXY.

Langage d'amoureux.

M. DORFEUIL

Moi , comme un sot, je tombe dans le piège , et m'y voilà.

MADAME DERZILLY.

Vous êtes bien à plaindre ; car il ne faut pas exagérer non plus. Ce château est un des mieux situés de France.

M. DORFEUIL

Je ne tiens pas aux sites.

MADAME DERZILLY.

Il y a tr^P-bonne société. '

M. DORFEUa.

Des chasseurs ! Moi , je ne chasse pas»

MADAME DERZILLY.

Une chère toujours excellente.

M. DOBFEUIL.

Si l'on veut ; on ne sert jamais à point.

MADAME DERZnXY.

Et une maîtresse de maison , quoi que vous en disiez y fort aimable.

M. DORFEUIL

Surtout d'une grande gaieté.

MADAME DERZILLY.

Enfin elle est toujours la première à mettre quelque* parties en train.

M. DORFEUIL

Et la première aussi à les faire manquer.

MADAME DERZILLY.

Quand elle souffre.

M. DORFEUII*

Souffre-t-elle seulement? !

MADAME DERZILLY.

Oui , oui , elle souffre. . '

M. DORFEUIL. i

Vous autres femmes , vous avez un esprit de corps insoutenable.

MADAME DERZILLY.

Vous ne voulez vowsr prêter à rien non J^us. Quand madame de Vaicé , je suppose , «abuy rait un peu de la faiblesse de son mari pour elfe , et qu'elle voudrait sonder jusqu'où cela peut aller, quel grand mal? Les moyens qu'elle emploie sont bien doux; jamais elle p'a de volonté apparente*

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