SCÈNE I
M. DORFEUIL, madame OERZILLY.
M. DORFBCn.
Madame , dites-moi donc ce que c'est qu'une révolution ?
MADAME DSRZILLY.
La singulière question !
M. DORFEUIL
Je ne vous parle pas en langage politique, mais en langage de femme.
MADAME DERZHiLT.
Je ne vous comprends pas davantage.
• H. DORFEUIL
Comment ! je n'entends prononcer ici que cemot-là. On ne dit rien, on ne fait rien qu'on n'ait débattu d'avance si ce qu'on dira , ce qu'on fera ne serait pas dans le cas de causer une révolution à la maîtresse de la maison.
MADAME DERZILLT.
Cette pauvre petite madame de Yalcé est si délicate!
M. DORFEtJIL,
Délicate ! je ne vois pas cela.
MADAME DERZILLY.
Elle est si dpuce !
M. BORFEtJIL.
On prévient tous ses désirs. Ce château est vraiment le palais de Corîsandre ; il faut se faire imbécile en y entrant. Pour moi, je pense très -sérieusement à m'en retourner à Paris , pour ne plus être soumis aux caprices sans cesse renaissans de madame de Valcé.
MADAUiE DEBZILLY.
Mais qu'e&t-ce qu'un homme a de mieux à Êiire que d'être soumis aux caprices d'une jolie femme ?
M. DORFEUIL
Votre serviteur. Parce qu'une femme est jolie, je ne trouve pas que ce soit une raison pour «fu'elle soit insupportable à tout le monde.
MADAME DERZnXY.
Madame de Valcé n'est pas insupportable.
M. DORFEUIL
Cela prouve que vous avez beaucoup de patience. Pour moi , je ne puis me souffrir dans une maison qiji n*est pas réglée , où l'ordre des repas est sans cesse interverti 9 où Ton ne rit que par permission, où il faut s^occuper sans cesse d'une idole qui n'a d'autre mérite quç de parler tout bas. A la campagne, la gaieté est de première nécessité;. ceux qui sont tristes restent dans leur chambre. Que m'importe que madame de Valcé ait bien ou mal dormi , qu'elle ait fait
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de bon» ou de mauvais rêves ! Elle est maîtresse de maison , elle doit toujours faire bon visage à ses hôtes.
MADAME DEHZILLY.
Si vous ne vous vantiez vous-même d'être existe , on vous lapiderait pour parler ainsi.
M. DORFEUIL
Valcé, au moment de quitter Paris , vient chez moi me faire mille instances pour m'attirer ici ; il m'exalte sa femme comme un prodige...
MADAME DER^ILLY.
11 n'a que trois mois de mariage...
M. DORFEUn^
M'assure que je serai» enchanté d'elle, que je n'aurai jamais passé le temps aussi agréablement...
MADAME DERZIIXY.
Langage d'amoureux.
M. DORFEUIL
Moi , comme un sot, je tombe dans le piège , et m'y voilà.
MADAME DERZILLY.
Vous êtes bien à plaindre ; car il ne faut pas exagérer non plus. Ce château est un des mieux situés de France.
M. DORFEUIL
Je ne tiens pas aux sites.
MADAME DERZILLY.
Il y a tr^P-bonne société. '
M. DORFEUa.
Des chasseurs ! Moi , je ne chasse pas»
MADAME DERZILLY.
Une chère toujours excellente.
M. DOBFEUIL.
Si l'on veut ; on ne sert jamais à point.
MADAME DERZnXY.
Et une maîtresse de maison , quoi que vous en disiez y fort aimable.
M. DORFEUIL
Surtout d'une grande gaieté.
MADAME DERZILLY.
Enfin elle est toujours la première à mettre quelque* parties en train.
M. DORFEUIL
Et la première aussi à les faire manquer.
MADAME DERZILLY.
Quand elle souffre.
M. DORFEUII*
Souffre-t-elle seulement? !
MADAME DERZILLY.
Oui , oui , elle souffre. . '
M. DORFEUIL. i
Vous autres femmes , vous avez un esprit de corps insoutenable.
MADAME DERZILLY.
Vous ne voulez vowsr prêter à rien non J^us. Quand madame de Vaicé , je suppose , «abuy rait un peu de la faiblesse de son mari pour elfe , et qu'elle voudrait sonder jusqu'où cela peut aller, quel grand mal? Les moyens qu'elle emploie sont bien doux; jamais elle p'a de volonté apparente*