SCENE IX
LÉON
A présent que tout le monde peut prétendre à tout, il faut pourtant bien préparer les enfans à jouer tous les rôles. INe puis-je pas avoir un fils magistrat, grand seigneur, ministre même ? Voyez quel avantage ce sera que de lui sauver le début. Et s'il vit dans des temps de parti, qu'il lui faille prendre feu pour et contre la même chose en moins de vingt-quatre heures, où trouvera-t-il le ton, l'air de persuasion qui lui seront nécessaires ? Non, non , mon cher oncle, croyezmoi , savoir jouer la comédie est une chose indispensable aussitôt qu'on est en évidence.
M. PARTOUT
Pour la vie publique, comme pour la vie privée, ce qui est indispensable, c'est la loyauté et la franchise.
LÉON
Mais ceux qui en manquent doivent-ils le laisser voir ?
M. PARTOUT
Ah ! petit misérable , tu n'es que trop du siècle.
LÉON
Vous ne m'en voulez plus , n'est-il pas vrai ?
M. PARTOUT
Je t'en yeux cent fois davantage; carc'est être
172 TOUS LES COMÉDIENS, etc.
arrivé au dernier degré de la corruption que d'ériger ses défauts en principes.
LÉON
Eh bien ! si je suis sans espérance , mon cher oncle, ne me prêchez donc plus.
M. PARTOUT
Je dois chercher à te remettre dans le bon chemin.
LiON.
Il n'y a qu'un moyen : laissez-moi terminer mon mariage. '
M. PARTOUT
Je ne veux pas que tu entres daijs une famille de fous.
M. de Rocheron est la raison même.
M. PARTOUT
Je suis responsable de ta conduite, et vraiment ce mariage me ferait du tort. On est devenu fort pointilleux. Il y a comme un vernis d'austérité à présent qui s'étend sur tout, et que l'on doit ménager quand on n'est pas hors d'ambition ; et je t'avoue que je ne le suis pas.
LÉON
Je comprends.
M. PARTOUT
Reste avec moi ; fais-toi médecin à Paris. Si tu