SCENE IX
soutenir long-temps une mauvaise cause; il faut que votre esprit vous décèle.
M. PARTOUT, d'un ton plus radouci.
Il n'y a point d'esprit là dedans.
LÉON
Votre Pantalon médecin est très-drôle.
M. PARTOUT, riant.
Tu vas me faire rire, et ce n'est pas ce que je voulais.
Si vous avez à me corriger, vous me corrigerez plutôt en riant qu'avec le ton sévère que vous avez pris.
M. PARTOUT
Castigat lidendo , ce doit être ta devise, c'est la prétention de tous les baladins. Au fait , que me veux-tu? ***
LÉON
Mais, mon oncle, que vous receviez monsieur de Rocheron , et que vous vouliez bien lui dire quelque petite chose en ma faveur.
M. PARTOUT
Je ne recevrai pas ton monsieur de Rocheron ; je ne veux pas transformer mon cabinet en foyer de théâtre. Ne faudrait-il pas le remercier aussi du bel exemple qu'il t'a donné? Un père de famille, un des principaux bourgeois d'une ville.
I70 TOUS LES COMEDIENS, etc.
qui ne trouve rien de mieux que de se donner en spectacle! Comment faire entendre raison à des jeunes gens , après cela ?
LÉON
Vous êtes devenu trop rigoriste.
M. PARTOUT
J'ai toujours été de même , et je ne me départirai jamais de la méfiance que m'inspire toute espèce de gens faisant le métier d'acteur, métier de fausseté et de déception , et qui ne peut aucunement s'allier avec le caractère d'un galant homme.
Voilà une proscription bien étendue.
M. PARTOUT
Cette étude continuelle que vous vous faites de feindre tous les sentimens , doit finir par vous corrompre le cœur.
LÉON
Cette étude ne corrompt rien du tout; je puis vous en répondre, moi qui m'y suis livré; et je la trouve même tellement nécessaire aujourd'hui, que si j'ai jamais des enfans, ce sera la première chose à laquelle je les formerai.
M. PARTOUT
L'idée est admirable; tu vas faire souche de marionnettes.