SCENE X-II. i8i
M. PARTOUT
De quoi ris-tu ?
LiOK.
Voyons votre plaidoyer, mon oncle.
M. PARTOUT
Je ne crois pas avoir rien fait de plus convenable. L'histoire est assez vilaine; c'est un tuteur qui a voulu soustraire à ses pupilles la fortune de leurs parens , et qui a pris pour cela des
moyens un peu étranges mais le sujet est
beau pour un avocat. Après avoir éludé les plus grandes difficultés, et donné à ma cause tous les traits du roman le plus touchant, je m'écrie...
LÉON
Mon oncle , mettez votre robe , cela donnera plus d'aisance à votre débit.
M. PARTOUT , passant une robe d'avocat.
Tu te rappelles donc que c'est mon habitude quand j'étudie mes plaidoyers. ^
LÉON
Elle est excellente.
M. PARTOUT
Ecoute bien : je m'adresse aux jurés et aux
juges. ( II lit d'un ton déclamatoire.; «Malgré l'inUO-
« cence bien reconnue de mon client, je trem- « blerais encore, messieurs, si le hasard nous « eût donné un jury moins éclairé , et si nous
i82 TOUS LES COMÉDIENS, etc.
« avions des juges moins intègres ; mais le Ciel a « voulu que la cause la plus juste fût soumise « aux hommes les plus vertueux. » Ce n'est pas cela que je voulais te lire ; c'est commun.
LÉON
Qu'importe? cela fait toujours de l'effet, surtout avec le ton que vous y mettez.
M. PARTOUT
Tu dois trouver que j'ai gagné sous ce rapport-là ?
Étonnamment.
M. PARTOUT
J'ai bien travaillé pour devenir aussi naturel.
LÉON
Vous faites peut-être encore un peu trop de gestes.
M. PARTOUT
Je le sais bien; mais ii y a tel jury qui nous condamnerait si nous en faisions moins. Laissemoi continuer. (Il reprend son manuscrit, qu'il feuilleté.")
Tu vas voir c'est d'une force, d'une chaleur
entraînantes... (toujours feuilletant); je n'hésite pas à le dire, c'est ce que j'ai fait de mieux... Voyons... ah ! ceci tient au fond de l'affaire et ne t'intéres» serait pas... (liutbas.) Hon, hon, hon... remplissage obligé... cela ne vaut rien... (toujours feuilletant.)